Une envie…

Une envie qui arrive vite. Très vite aprés que le numéro sonne. A l’autre bout du fil. Une créature artificielle. Une machine en somme. Quelqu’une qui ne va pas s’énerver. Quelqu’une qui n’a pas la voix rauque. Ou suave. Quelqu’une qui ne fume pas. Quelqu’une qui répond. En me posant une nouvelle question, à chaque fois. Quelqu’une qui ne comprend pas forcément du premier coup. Parce qu’elle est conçue ainsi. Intelligente mais pas trop. En fait pas du tout intelligente. Une « connasse ».

La date, déjà:

« – Quatre Mai », en train d’articuler comme si je parlais à un sapin. « Quatre mai », je répète en criant un peu…

« -Pour le vendredi onze mai…Si vous souhaitez modifier votre date, tapez 1…

Taper. Oh que oui !  Plus tard le lieu.

« -Départ Lille..Si vous souhaitez modifier l’aéroport de départ…

Je re-tape fiévreusement sur le clavier du téléphone. Bon on finit par se comprendre. Disons qu’elle a entendu à la fin. Mon, notre, je crois, ENNEMI FONDAMENTAL. L’ALGORITHME. Dans sa perverse expression.

L’algorithme, une création destinée à éviter tout « contact » direct entre humains. Une idée pour nous éloigner. Pour décourager les plus faibles, évidemment. Pour nous reléguer. Pour nous empêcher. D’exprimer notre mécontentement, de poser nos questions, de dire avec nos mots. De parler, sans avoir à répondre à un interrogatoire, fut-il prononcé par une jolie voix de « connasse ». De parler, de faire des phrases, ou pas, de se perdre avec des « euh »…en plein milieu, qui durent parfois un peu trop. De parler, de chanter la ponctuation, avec nos inflexions de voix. De recevoir un sourire, surprendre l’effluve d’un parfum, ou de contempler un visage fermé, hermétique.

Une saloperie ultime-qui sera suivie d’autres- Une engeance qui doit donner à penser à toute la bande de cons qui décide, rend compte de la vie avec des tableaux « excel », des indicateurs, des chiffres, des ratios…Toute cette bouillie qui se pare de raison et d’inéluctable et qui vole en éclats devant la colère d’une infirmière ou de personnes travaillant dans une maison dite de retraite. Toute cette bouillie ridicule qui s’avance sur la pointe des pieds sur un parking, au moment ou ils se disent courageux (??) pour constater les dégâts. Un parking sur lequel les ouvriers ou les employés disent leur désarroi. Toute cette bouillie dont on nous rabat les oreilles. Sachant que la France est un pays endetté, qu’elle ne remboursera jamais sa dette, que les autres pays européens le sont autant. Et d’autres pays du monde. Qui tiennent debout, comme lors  d’une soirée très arrosée. Que le défaut, ne nous fait pas défaut. Que nos vies se paient à crédit. Que les crédits accordés font l’objet d’un classement. Que l’on ne prête qu’aux riches…

Donc, combien la France est un pays riche !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Une envie. De casser. De casser l’expression d’une organisation qui nous casse. Un besoin de parler à quelqu’un. Avec respect. Même pour dire que l’on est pas content, ou pas d’accord. Comme il sied au genre humain. Mais « l’humain’, c’est pas vraiment le genre de l’algorithme. L’algorithme, conçu par qui ?!…

Heureusement, je me suis remémoré l’épisode du télégramme avec Yves Montand.

« -Mon chéri, deux fois ?… »

Et j’ai souri.

Agur