Injonction paradoxale

Injonction paradoxale : message comportant deux affirmations incompatibles émis par une personne dominante.

Exemple : « Sois spontané »…

Ici figure un stock d’injonctions paradoxales. D’une composition altérée. Du sucre, de la caféine, d’autres éléments qui soi-disant, voudraient notre bien. Une composition puis une posologie, savamment ordonnées pour créer le désordre.

Un désordre instillé par la publicité, cette pute qui a brouillé nos sensations, nos émotions, nous a donné à assimiler « envie » et « besoin ». Cela s’est produit sous couvert d’ignorance, durant un temps, celui ou fumer, par exemple, donnait de l’allure, permettait de profiter vraiment de l’instant présent, jusqu’à figurer une nouvelle lecture de la Conquête de l’Ouest. Avec ce fameux cow-boy…

Désormais, passée maîtresse dans l’art de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, la publicité a rejoint le domaine de la Communication, de l’Art parfois, avec sa ribambelle de collaborateurs-créateurs.

Ainsi, dans cet eden Capitaliste, nous recevons l’envie, le besoin, les faux-besoins, ceux que l’on ingère au quotidien, sans plus les distinguer. Le con qui se trimbale dans cette bagnole, « aura la fille »… Pire encore, des heures d’incitations déversées, via la télévision, sur des millions de petits êtres. Ceux dont ILS pensent, avec raison, qu’ils sauront tirer la manche de leur parent pour s’arrêter à tel rayon. Dans la vie rêvée de centres commerciaux, de supermarchés, de grandes surfaces, de ces lieux de perdition ou il y a tout.

Dans cette aptitude prompte à observer les comportements humains, à se travestir en épicerie, prés de chez nous, avec un je-ne-sais quoi d’anglo-saxon, pour encore mieux brouiller les pistes. « Market » qu’ils disent. Des commerces, petits et sur approvisionnés, avec des heures d’ouverture qui ne comptent pas leurs jours. Une façon supplémentaire de bouleverser le temps, de nous fabriquer un statut permanent de « consommateur ». A perpète !

Un truc bien à eux pour nous attirer dans leur monde de libre-concurrence, absolument pas libre, avec la loi du marché, qui tue tous les jours, le sourire et l’haleine fraîche. Nous fauchant, avant l’heure de la pension, l’époque d’exercer pleinement comme aïeul ou bisaïeul.

Une question : avez-vous déjà entendu parler  de l’espérance de vie en « bonne santé » ? Cet indicateur bâillonné, qui mesure le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre sans souffrir d’incapacité dans les gestes de la vie quotidienne. A titre d’information, en France, aujourd’hui, cette espérance est de 64,1 an pour les femmes et de 62,7 ans pour les hommes.

Ce qui signifie que dans la dernière ligne droite, on continuera en roulant sur trois roues, avant de perdre le contrôle pour de bon et finir dans une aire de repos, ou l’une de ses multiples succursales. Traités tant bien que mal, mais c’est encore une autre histoire. Une réalité que l’on feint de découvrir, chaque semaine. Celle qui promet de délicieux tête-à-tête*, avec amour quand la vie nous lâche. Pire encore, une erratique solitude, avant le grand vide…Quand l’amour a quitté le paysage, depuis longtemps.

Enfin, pour en revenir à la palette d’objets vicieux, mieux vaut bannir de son assiette tout produit estampillé «allégé en sucre» ; ils contiennent généralement plus d’additifs. Entre le sucre qui ne dit pas sa présence et celui qui se « charge » pour demeurer présentable. Vous avez dit injonction paradoxale ?…

Agur

bty

 

* « Amour » d’Haneke…A  voir.