Jusque-là…

Il ne pleut plus. Comme ça, d’un coup. La pluie a cessé, sans prévenir. Je m’étais habitué à sa présence. Bien sûr, elle avait « tapé l’incruste » ! Ah ça pour s’incruster, pour traverser, pour atteindre les articulations, pour mouiller, chapeau !

La pluie… »L’en avait tant que je ne savais pas, ne savais plus » comment faire sécher mes tenues. Et de dégouliner sur le carrelage. De se répandre. De continuer à s’insinuer. De donner un sens aux choses. Humide. D’une façon majuscule. Vêtue de gris, venue d’un ciel couvert, fondant sur l’azur, comme un mal implacable. Une fille de la nuit, du jour, du soir, du matin.

La pluie qui m’obligeait. A défiler en parapluie. A payer fort l’oubli, à raser les murs…Comme l’on peut faire par un soleil de plomb. Et justement. Le soleil est là. Lui non plus, sans prévenir. En décalage. Décalé un peu plus qu’il n’en faut. Aucun respect des règles et des normes, des dates. Sans doute un problème de mémoire. Le Printemps sonné depuis presqu’un mois, déjà. Le soleil, ni ponctuel, ni fidel !

Et me voilà, là, en manches courtes, en jamblanches, enfin le corps à l’air-si je puis dire- décontenancé par cette pluie qui a cessé. Cette absence soudaine. Parce qu’à la fin, je finissais par m’habituer. Une contenance et une consistance toute trouvée.

Des verbes comme « grogner », « maugréer », « râler’, « pester ». Un fonds sonore « ploc-ploc », de variations « plic-ploc ». Des images d’ouvrages qui cèdent, des végétaux qui perlent ou qui ploient, des débordements de lits devenus trop petits. Des phrases  convenues, du  style « je pars quelques jours au soleil, y’en a marre…Le moral des gens à la fin…Depuis le temps qu’il pleut ».

Un appétit de plus en plus féroce, fallait bien se donner du courage. Un peu devant, un peu sur les côtés-« laisse mes mains sur tes hanches », une bouchée, en attendant la pause-gourmande. Une gorgée supplémentaire et cet imperméable allongeant considérablement ma silhouette. L’imperméable, un ami nouveau né de la pluie. Un ami du genre de ceux qui ne vous disent pas les choses, ou pas vraiment, ou pas tout à fait. Comme une pluie qui tombe, n’en finit pas de tomber ni de s’étonner de nous voir étonnés.

Bon, désormais il fait beau et chaud. Je pars à la plage. Me vient une idée. Je vais me munir d’une combinaison, parce que du soleil et des rayons, faudrait peut-être s’en méfier….

D’ailleurs à qui se fier ?

Agurbdr