Le ruissellement (2)

 

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Partout en Europe, le présent est incertain. Sans doute le sel de la vie, le piment…

Le futur, lui, celui des ex-salariés, ouvriers, employés, file à allure constante dans l’aléatoire. Un aléatoire contrôlé, programmé. Un aléatoire qui nous lamine, doucement. Régulièrement. Inéluctablement. Une idée, une mise en pratique qui ne dit pas son nom, ne montre pas son jeu. Une voie engagée par Balladur. Un des innombrables pantins qui se succèdent, au Pouvoir,  depuis la période dite des Trente Glorieuses.

Un calcul, une volonté pour nous diminuer. Nous réduire. Pour donner à vivre de peu, chichement et sans contestation aucune, avec moins que le coût d’une pension pour seniors.  En résumé, chacun percevra une obole, ne couvrant pas ses besoins primaires : un toit, l’eau, la nourriture, des soins.

Ces êtres de chair que nous sommes, vont vers la souffrance, enseignée, apprise, admise, au quotidien. Dans cette individualisation extrême, d’absence de collectif,  avec le spectre du décharnement au bout. Faute de liens, faute d’autrui, d’autres contre qui s’appuyer, contre qui exister mieux…

Vieux redevenus enfants, nous donnons la main à cette paire, aimante à sa façon. Les PAUVRETÉS. Deux sœurs, deux amies qui ne se lâchent pas, elles. L’une, de sa main molle et moite, qui nous retient d’avancer, nous désigne, quand on veut passer inaperçu, nous hèle au milieu des autres, dans des  soupes populaires et des dortoirs de relégation. Celle qui fait tinter et sonner nos porte-monnaie, sans espèces, d’un silence assourdissant.

Sa sœur, plus discrète, qui nous éloigne, nous coupe de nos congénères. Nous prive. Celle qui nous relègue dans des quartiers répertoriés. Celle qui nous assigne à résidence, pour mieux habiter la solitude, l’ombre en nous suivant, nous précédant parfois même, sans nous toucher, cependant. Du tact et beaucoup de sensibilité. Une noire présence, pour cheminer dans le tunnel de l’oubli et de la vieillesse. Pour mieux nous perdre jusqu’à nous faire quitter définitivement les statistiques. Nous fixer sous le seuil. Nous fouler corps et âme.

Il pleut. Il pleut. C’est le ruissellement heureux qui s’annonce…