Pied…

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Un pied d’ouvrier. Un ouvrier de pied . Avec une chaussure allongée, à moins que le pied ne se soit rétracté. De la place, plus qu’il n’en faut. Une place à occuper ou à prendre. Puisqu’ILS en offrent de moins en moins…

Pas une photo en pieds. Mais les deux chaussures sont habitées de la même façon. Comme s’il s’agissait de ne pas donner toute sa mesure, de ne pas se livrer, de se contenir. De ne pas s’avancer, d’autant que la balance n’a jamais aussi peu penché du côté des travailleurs. Depuis Arlette*, c’est un mot qu’ILS n’emploient plus. Certainement trop connoté.

La finance a le vent en poupe, elle. Elle a beau jeu, la finance. Pourtant, elle joue contre nous. Et se joue de nous. On ne lui déroule pas le tapis rouge. Ou du moins ILS se gardent bien de nous le dire. Mais la Finance, elle est dans leurs petits papiers. La finance fait tapis et nous nous couchons. Tous. Personne ne bronche. Et plus personne n’osera se lever, s’élever contre, pour l’autre. L’autre, quelle idée d’ailleurs ?!…

Un pied d’ouvrier. Avec pour horizon une mise à pied, à titre conservatoire. Destinée à conserver, mais certainement pas l’espoir d’une classe qui n’existe plus. Du moins, par milliers en « bleu de travail », comme à l’époque de Claire Etcherelli*. « Conservatoire » en adjectif, comme un qualificatif pour la cohorte de futurs déclassés. Celle dont nous faisons partie, sans en avoir conscience.

Dans l’attente d’une mise à pied disciplinaire. Parce que la discipline, on ne peut pas y déroger, n’est-ce-pas ?! Même s’il n’y a plus besoin de « badine ». Un matin, ils arrivent pour embaucher…Et les machines et les outils s’en sont allés. Un matin, ils se pointent, et ILS leur offrent de courber un peu plus l’échine, sous d’autres normes moins favorables, évidemment, parce que les actionnaires. Les actionnaires ; les seuls à ne pas fonctionner  » à moyens constants », de braves gens qui gèrent bien leur argent. Finalement, qui saurait le leur reprocher ?!…

L’ouvrier se retrouve donc dans ses petits souliers. Des petits souliers sous la forme de tennis, nés en 1963, rebaptisées en « américain », arborées par des rappeurs, d’autres et renouvelées encore et encore. Des petits souliers trop grands, comme pour mieux…perdre pied.

Agur