Dimanche au café…Athletico 2…

Du café du dimanche matin. Celui de ceux qui traînent.  Pas pressés de commencer. De ceux qui se sont avancés. Rapides, davantage que lève-tôt. Surtout s’il s’agit de ne pas commencer.

De commencer sans être soumis. A horaires. A être. A faire. A dire. A sourire. A moucher son nez, doucement. Comme s’il agissait de respirer, d’expectorer, d’éternuer « léger ». Sans se lâcher. Ne pas faire de vagues. Surtout. Au cas où…

La femme d’à-côté, me sourit. Une souriante à lunettes, de noir vêtue. Une philosophe blessée par la Vie, secouée par des orages. Hamlett, René Rémond, Heidegger passent doucement, sur la pointe des pieds, discrets eux aussi…

Elle me dit  sa frayeur de l’ordinateur, comme de l’intérêt qu’il revêt. Je l’imagine revenir de contrées arides de « solitude », avec un chien pour compagnon. Une distance nécessaire des Autres et du Monde extérieur. De cet éloignement qui empêche aussi, en donnant à penser que l’on est pas, l’on n’est plus dans la course. Et voir passer les Autres, en demeurant, à l’arrêt, sur le bord de chemin qu’on ne ne peut emprunter, fait baisser le regard…

Nous sommes déjà à la soixante-deuxième minute. Les hommes accoudés, adossés au comptoir, regardent la télévision leur racontant un match de football. Il est question de rouges rayures verticales, depuis Madrid et son Athletico, face aux sombres héros de San Mamés, de retour d’une victoire en Russie…Mais c’est déjà loin.  » Es tarjeta » pour une intervention un peu musclée. Le tout dit, sans trop de conviction. Ça « bierise » en mangeant des trucs salés. Le jeu s’accélère, du moins c’est ce que donne à voir la télévision, les français décalent : Griezman, Gameiro. Un à zéro pour l’Athletico.

Deux fois ce jour, elle repassera. L’air un peu plus détaché, à chaque fois. Dans son rituel simple et ordonné ; « croissant » y thé. Son croissant semble s’effilocher un peu, sur le dessus. Alors, elle enlève ce qui ne la mérite pas. Comme une couche superflue. La viennoiserie déclinée par l’Asturienne, qu’elle est, exilée à Bilbao et pas franchement ravie de ce déplacement.

Le voyage à Madrid, se fait connaître de nouveau, à la soixante-dix-neuvième minute. Deux à zéro, Diego Costa dans la profondeur, et Arrizabalaga qui ferme l’angle, mais pas complètement. Le buteur madrilène, tout à sa joie, ne voit pas le bar qui se vide, ici, à Rekalde. D’autres personnes sont entrées, depuis la mi-temps. Quelques jeunes couples, qui se foutent du foot…Et qui s’éloignent de l’écran. A la quatre-vingt treizième minute, l’arbitre siffle la fin du match. Gameiro satisfait à la jolie journaliste, comme il est buteur. « Estamos siguiendo… » il le dit et le répète. Sans doute a-t-il raison.

Ma voisine s’installe, l’Athletic sombre, le café se vide. Il ne reste plus que trois quarts d’heure de jour avant que ce dimanche ne bascule, lui aussi, dans l’obscurité. Et ce ne sont pas les lampadaires ou les lumières artificielles qui réchaufferont les âmes des citadins.  Les socios de l’Athletic, eux, ont encore quelques heures à grogner, à essayer de transformer cette défaite supplémentaire en une victoire à venir…

Agur

 

dav