Nos enfants…

Il n’y a pas que ceux de la télévision. Une émission de plus. Nos enfants, dans cette chronique, sont ceux du XV de France. A la faveur d’événements planétaires, européens, médiatisés, très médiatisés, surveillés, décryptés par des spécialistes, comme par le commun des mortels,  il leur arrive d’entrer en collision. Normal, pour des joueurs de Rugby. Ils entrent en collision, vite, moins vite, de plein fouet, bref ils heurtent. Ou sont heurtés.

Une table de chevet, un lampadaire, des points de suture…Surtout aprés le match. Ça interroge. Un peu. Beaucoup, même. Et puis la litanie, orchestrée, plus ou moins bien. La dernière déclaration en date, aujourd’hui, un communiqué de la Fédération Française de Rugby, qui parle d’un « comportement digne et exemplaire, dont elle serait la garante »…C’est écrit.

Les déclarations des présidents de club, celui de Toulon qui va taper dans le porte-feuille « car c’est ce qu’ils comprennent le mieux ». Un guignol, avec de l’argent et une morgue permanente. Des amis à la radio et ailleurs pour « déconner » plein tube à longueur d’année. Et nous expliquer tout ce qu’il sait, tout ce qu’il pense, tout ce qu’il sait des turpitudes, des Autres qui sont si méchants avec lui…Le pauvre !!!

Un autre, de la fabrique de pneumatiques, qui pense que le staff aurait dû faire son travail en manageant avec des consignes claires…

Tous ces types, influents, très influents, hauts placés, très haut placés. Sans jamais évoquer leur responsabilité. Leur responsabilité propre. Comme si les commotions de « leurs » joueurs avaient surtout des répercussions dans leurs cerveaux à eux, de « génies-penseurs-payeurs ». Drôle.

Surtout, baisser la tête, et continuer. Pour quelques années encore. D’autres viendront, avec de nouvelles salles de concert de stades de rugby, synthétisés, d’autres viendront encore plus spécialistes de « rien », avec une science confuse du jeu, et une inconscience indigne du sort des Hommes.  D’autres arrivent, avec des sous d’Asie, d’ailleurs, des fonds de pension, ces flux qui coulent nos pensions, en les capitalisant, c’est-à-dire en nous coupant des Autres.

Parce qu’enfin, dans le championnat le plus riche et le plus âpre qui soit, dans une compétition sans merci, ni bonjour, ni bonsoir, avec des muscles qui implosent et des douleurs qui détruisent, il s’agira, peut-être un jour, de faire un devoir d’inventaire…De dire ce qu’on a fait, ou pas, ce qu’on a dit, que l’on aurait pas dû, ce que l’on a pensé, et désormais ce que l’on pourrait proposer pour panser les plaies du jeu des équipes de France.

Et ces jeunes gens, dont on voudrait se gausser, pour mieux les accabler, ce sont des athlètes et des champions, qu’on encense, parfois, en certaines occasions. Que l’on se dispute à prix d’or, avec une valeur d’usage, à tout le moins, reconnue par les présidents-qui-paient. Ceux qui font vivre le système. Ceux que l’on acclame, que l’on frémit d’entendre se choquer ainsi, sans cuirasse, en se pinçant pour y croire. Et cela nous émeut. Et l’on en veut pour notre argent. Pour plusieurs saisons. Avec des génériques, ou des spots racoleurs dignes de films violents…Avec des femmes qui se pâment, des hommes qui ont  l’idée du trop, depuis des années déjà, d’une limite dépassée, mais qui ne peuvent se passer du « spectacle ».

Un inventaire. Dire ce que l’on a fait. La fausse-route, ou l’illusion dans laquelle on embarque, en faisant monter les plus jeunes…Devant. Au cas d’une collision fatidique. Une de plus de trop. Un devoir d’inventaire, cet incontournable dont crut s’affranchir un Nicolas de président. Un regard, plus ou moins lucide, critique, peut-être pas jusqu’à « l’acerbe », mais sans complaisance : ce serait bien.

Nous avons et nous continuons, depuis plus d’un demi-siècle, à vivre à crédit, nous réfugiant dans la dette. La nôtre propre, favorisée par un taux d’intérêt si bas, comme celle du pays tout entier, qui « se finance », c’est-à-dire fait face à ses échéances, au quotidien, ainsi.

C’est vrai, que cette réalité, exacerbée parfois par des voyous qui vont jusqu’à reprocher au grand nombre le système de gouvernement qu’ils ont décidé et sur lequel, ils voguent, cette réalité cinglée par de paradoxales injonctions « s’agit-il de ce que vous voulez pour vos enfants ?!… »n’incite pas à cette démarche courageuse. Et pourtant, il faudra bien. Parce que ces enfants, vêtus du maillot bleu d’un échafaudage- symbole d’une construction temporaire ! –  auront à leur tour des enfants. Et qu’ils ont et auront le droit à aller les voir, le samedi matin, les encourager et les amener à se dépasser. Pour le simple plaisir d’un jeu de conquêtes de territoires ou il s’agira, à la fin, de se serrer la main, en se regardant. Comme des humains, ou des petits d’humains.

Qu’importe s’ils sont cinq, six ou quinze. S’ils en ont marre des consignes, qu’ils ne les comprennent pas ou ne les retiennent pas. Ils disent aussi vrai que la Terre est Ovale, que ce match en Ecosse était crucial. Quand on perd un match crucial, on a de nouveau du temps, parce que la suite…ne sera pas bonne, ni belle. Le temps d’un inventaire, celui de se mettre en cause et de ne pas se complaire à flinguer ce que d’aucuns n’hésitent pas à présenter comme ce qu’ils auront fait de mieux dans leur vie : leurs enfants…

Agur