Getaria

davJuan Sebastian El Kano veille sur ce petit monde. Les bateaux petits, alignés, comme dans des boîtes. Dans le port de Getaria. Il y a un ordre, dans le stationnement des bateaux. Les gros sont proches, par paires, ou séparés, à l’entrée du port. Peu de monde dans les rues ;  un temps de février, à fuir. Un temps pour s’enfuir, partir, s’évanouir, ou tout simplement glisser vers des latitudes plus chaudes, plus chaleureuses.

« Véritablement ce capitaine Juan Sebastián El Kano est digne d’une éternelle mémoire, puisqu’il a été le premier à ceindre le monde, et que nul jusqu’alors, ni parmi les fameux Anciens, ni parmi les Modernes, ne peut lui être comparé », écrit, en 1601, le Grand Chroniqueur des Indes à la cour d’Espagne, Antonio de Herrera y Tordesillas.

La circumnavigation du Basque, dont le nom reste attaché à Magellan est bien plus éloquente qu’un vulgaire curriculum vitae. Jusqu’au bout du chemin, dans le Pacifique en 1526.

Là-haut, des poissons ceints d’une armature métallique, font saliver les convives du May Flower. Un restaurant au nom d’ embarcation, d’une autre époque, avec des religieux anglais dissidents. Pas de lien direct avec El Kano, mais avec la navigation, oui. Je ne sais pas ce qu’en pense la statue d’El Kano. Est-ce-que les exhalaisons du turbot, des daurades font frémir d’aise ce grand navigateur ?…

La préposée à la cuisson, débonnaire, salant comme il se doit, puis mettant les produits de la mer à cuire, au-dessus d’un barbecue de grises cendres, n’a pas l’air de se préoccuper davantage du sort du May Flower, ni de celui de la Victoria, presqu’un siècle plus tôt. Elle veille sur les poissons, passés quasiment directement du pêcheur au consommateur. De quoi saliver davantage encore a l’idée de pêcher. Envers et contre tous. Pêcher et surtout, surtout, ne pas se confesser…

Agur