D’une vigie l’autre, ou les sentinelles de la Pauvreté

Un trépied orange, d’un tissu râpé. A droite des portes coulissantes, un minuscule barda, sous le siège. Un sourire, comme une plainte qui ne s’exprime pas. Un visage brun, très brun, une posture discrète et permanente. Un gobelet en carton, avec quelques pièces dedans, à la fin. Les gens sortent de la supérette avec des sacs en plastique jaune. Un petit bonjour, quelques mots parfois.

La supérette plus loin, un grand gaillard, façon Dibango avec des cheveux et quelques kilos en plus. Il se tient debout. Le gobelet en carton, plus grand, à l’accent américain façon soda.  Comme si l’on s’éloignait de l’entreprise artisanale. Cet aprés-midi, il est en train de faire ses courses, interpellant les uns et les autres, comme faisant partie des salariés.

Elle est sur le trottoir, en train de bavarder. Toute petite, avec de grosses jambes enserrées dans un legging bon marché, forcément. De grosses mains aussi, comme si les extrémités souffraient d’être ratatinées, jour aprés jour…Il est carrément à l’intérieur du magasin, et il fait bien, car il fait froid, dehors. Un sandwich à la main, à l’abri jusqu’à vingt-deux heures environ.

Pour eux deux, l’ouverture dominicale, diurne, nocturne des supermarchés, ça ne se discute même pas…

Agur