Les épluchures…

 

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Pas le radeau de la Méduse. Pas non plus une conduite intérieure. Même pas un chariot digne de ce nom. Une poussette qui a trop vécu. Parfois alourdie de radiateurs, de tiges de métal ; une coupe aujourd’hui. Un trophée.

Une fin de vie annoncée. Un trophée d’avoir gagné. Un trophée pour se remémorer. Et puis la mémoire encombrée, les émotions ou leurs images en miettes suffisent. Une babiole en toc, une décoration de pacotille, reléguée.

Et ce petit peuple, sans plus beaucoup d’illusions, dans la débrouille, la démerde. L’art de glaner, diront certains. La récupération, faute de moyens, ou parce que « ça fait bien », un truc super, n’est-ce-pas ?!…

Non. La vérité de nos semblables, affairés, penchés dans les conteneurs, la tête en avant, le dos un peu voûté, pour certains, n’est pas celle-là. C’est plutôt celle de la misère ordinaire. De la misère des villes, qui ne nous affecte pas directement. Sur le moment. Juste un rappel, un signal lancinant, une menace diffuse, le sourire en coin. C’est qu’il faudrait parfois peu de choses pour basculer. Pour dormir dehors, aprés avoir dormi dedans, si longtemps. D’être récupéré par des consciences plus ou moins zélées, bardées de bons sentiments qui à la longue peuvent effrayer…Je dis « effrayer ». Une litote.

De la bonne conscience, servie en compassion, avec des limites-celles du Droit-et d’autres, celles de la sensibilité, qui feront que l’on ira au-delà, ou pas. Les limites du droit commun, de l’octroi ou pas, du délai prolongé ou pas, de la porte ouverte ou pas. Une double peine parfois, pour ceux qui n’ont plus de chez soi et qui tentent, ou que l’on tente d’accommoder dans un « chez les Autres ». Forcément, quand on se retrouve là, il ne s’agit pas de faire la fine bouche. D’ailleurs, les poubelles regorgent de nourritures terrestres et autres.

« C’est à la minceur des épluchures, qu’on voit la grandeur des nations » chantait Jacques Brel. Nous vivons donc dans de grandes nations. D’épluchures d’objets, de mets, de ce qui reste, quand on a consommé. Un consommé au goût douteux. A dégueuler.

Agur