Dimanche…

Dans la capitale Biscayenne. En descendant Larraskitu. Une artère d’un quartier populaire, avec ses immeubles pas jolis. De brique. Ocre. De plats parapluies en plastique bleu,  pour abriter le linge qui sèche. Du relief, dont ne manque pas l’ex cité sidérurgique. Des petits commerces, voire des très petits. Des bars pour étancher la soif tout en aiguisant les appétits ; tortillas déclinés en oignons, chorizo, épinards, patatas…Des brochettes, de l’huile, des mets savoureux, sous l’éclairage du comptoir, sans abri. Tant mieux ! On a encore plus envie de les toucher, les porter en bouche. Hummm! Les premiers impénitents, ce matin, assis au comptoir, penchés vers leurs crème et leurs cafés, leur lecture, le décor. Une expression figée dans le visage des messieurs ; peut-être l’évocation du bilan hebdomadaire, ou plus simplement le sort de ce septième jour. A qui, donner de la consistance, n’est pas forcément facile.

Un viaduc, qui surplombe le quartier de Rekalde. Comme un toit pour les deux frontones con esker pared. L’un d’eux abritant de pauvres hères. Certainement pas des enfants de la balle. Ou alors pris au dépourvu, par les rebonds de la vie. Le ciel est nuageux, les jardins sur les hauteurs, comme un dernier refuge pour la campagne. La fuite des terres à cultiver, reculées là-haut, poursuivies par les avancées de béton armé. De la verdure et un peu de culture qui profitent d’un répit, offert par l’altitude.

Le jour va lentement. Sortie d’office religieux et verre partagé, avec des vieux, des vieilles qui se connaissent encore. Des petits couples qui vont, mignons, lui le béret sur la tête, elle lui tenant le bras. Leurs corps vont à petits pas, les bustes inclinés vers l’autre ; la douceur de l’inclinaison pour éviter de continuer, seuls. Leur ultime refuge, d’une incommensurable valeur. Les enfants jouent, les parents veillent ou délèguent. Une place en ville, comme si l’on était dans un village. Les fumeurs impénitents, à l’extérieur, mais abrités. Des drapeaux Basque, Catalan, parce que la détermination est dans l’air, dirait-on.

Les boulangers, les cafés ouverts, bien sûr. De petits commerces de confiseries, de trucs salés, de sodas; tout un condensé de santé(?!) et de prospérité alimentaire. Le jour dépasse désormais les dix-huit heures, on a de la marge. L’Athletic ( prononcez sans le « c » final) a joué hier soir. L’étendard du club de football, de sortie devant les cafés qui diffusent- d’ailleurs lequel ne diffuse pas ?!… n’est pas forcément remisé aujourd’hui. Le football se répand, au quotidien, dans une officine de paris proche des banques. Le monde est bien fait , n’est-ce-pas ?

Au fur et à mesure de la descente, vers la Place de Rekalde, davantage de mouvements, d’humains, un volume sonore pas élevé, mais perceptible. Le marchand de churros à l’angle, est ouvert. Un commerce d’utilité publique ; l’huile frémit, comme certains esprits à l’idée d’un cornet… »Non, une serviette et ça ira…C’est pour les manger, séance tenante ». De quoi se donner un peu de courage avant de descendre vers San Mamés ou Gordoniz. Sortir de Rekalde pour aller vers d’autres quartiers, le centre et ses musées. Ou rester là, en pensant aux muses qui passent parfois le dimanche…ou pas. Dilemme dominical.

Agur