A Monsieur Novès et aux autres…

Monsieur,

Vous parlez de votre blessure, de cette situation que vous vivez et que vous trouvez profondément injuste. Cela peut se concevoir. Vous êtes blessé, dîtes-vous et vous aspirez à retrouver votre honneur.

Je vais, tout d’abord, si vous me le permettez, vous rassurer. Vous ne pouvez pas être un « tocard », comme vous supposez que d’aucuns pourraient le penser. Non. Vous avez une compétence avérée et reconnue dans le monde et le domaine du Rugby. D’ailleurs vous le savez parfaitement, et si mes paroles s’envolent, votre palmarès- que personne ne vous enlèvera- est suffisamment éloquent.

Vous avez coaché durant mille matches. Vous avez été à de multiples reprises champion de France et vainqueur de la Coupe d’Europe, du Challenge Yves du Manoir et de tant d’autres rencontres. Vous avez, en outre, été décoré, à de multiples reprises par la presse spécialisée en France, et au-delà. Vous êtes Chevalier de la Légion d’Honneur. Une carrière immense.

Ces derniers jours, vous êtes l’objet d’une procédure brutale. Vous allez, pour la première fois, à soixante-quatre ans, vous rendre à Pôle Emploi. Vous le vivez, mal, très mal, dîtes-vous. A ce moment, je souhaite vous informer que des millions de personnes se trouvent dans l’obligation de se rendre dans ce même lieu. Des millions de personnes vont, ou ne vont pas trouver l’interlocuteur qui saura les écouter, les inciter, leur proposer, voire…Et pour cause. S’il est certainement un endroit ou le fond, vient à manquer, c’est bien celui de cet office. D’ailleurs, on imagine sans peine également, la difficulté pour ceux qui reçoivent, au quotidien, les doléances, les récriminations, la révolte…la lassitude ou l’abattement.

Comme il est question ici  de renforcer le contrôle des personnes sans emploi, sans ressources, bref des plus démunis, je formule un vœu, en cette année nouvelle.

Puisse votre présence dans cette cohorte honnie des gouvernants, attirer l’attention de ces derniers sur le sort, pas vraiment des plus enviables, de millions de femmes et d’hommes que l’on voudrait affubler d’un statut moindre. Sans le dire, sans les nommer vraiment, mais en les désignant au quotidien. D’abord dans nos campagnes, à la faveur de meetings ou réunions locales, puis plus tard, directement depuis la capitale. C’est un mécanisme qui fonctionne très bien. Comme celui qui consiste à dire quelque chose, à revenir sur cette déclaration plus tard, en la niant…Une fois que le « mal » est fait, diffusé. Répandu sur tout le territoire, dans tous les esprits.

Puisse votre présence en ces lieux, inciter ceux qui aspirent à gouverner, à réfléchir, et une bonne fois pour toutes, avouer la permanence de leur échec, depuis la fin de ce que l’on a appelé  » les Trente Glorieuses ». On nous parlait de l’inflation et du chômage. Reste le chômage. L’emploi, fut-il « aidé », « exonéré », flexible, vanté en pins…manque visiblement. Avec une litanie lors de chaque élection, cette évocation du « plein-emploi » que bientôt, tant ceux qui votent, que ceux qui sont élus, n’auront jamais connu…Un bilan, à faire, oui, depuis le haut, depuis le sommet, avec les compétences de tous.

Puisse enfin votre quête vous fournir l’occasion de rebondir. De continuer à transmettre, de permettre à d’autres de bénéficier de vos compétences, de ces milliers d’heures de vécu, qui sont une ressource in-com-pa-ra-ble. Au-delà de votre situation, je formule enfin le souhait qu’il en soit de même pour tous, et que l’on ne considère plus une personne de cinquante ans, en la traitant de « déclassée », mais au contraire comme quelqu’un qui a fait, vu, retenu, et qui a quelque chose à transmettre.

Respectueusement.

Christian Cabanes