Des êtres qui ne se croiseront pas…

Elle a une quarantaine de petite taille. Sur des talons hauts. Perchée. Une coiffure blonde, mais je ne crois pas qu’il s’agisse de sa couleur originale. Elle veut aller vite. Couverte d’un long imperméable noir. Pas fermé ;  la ceinture qui fait un nœud avant de se réfugier dans la poche droite. Elle tient son parapluie, avec l’index dressé. Un ongle pas peint, pas long, qui ne dépasse pas. Mais pas court non plus, ni rongé. Tous les vingt mètres, elle court. Enfin elle court…

Ce vieux monsieur est très élégant. Il est toujours bien mis. Il s’appuie très laborieusement sur ses deux béquilles. Le buste très incliné vers la droite. Il fait de tout petits pas. Plus exactement, il glisse son pied sur le trottoir, d’une vingtaine de centimètres, puis l’autre…Ce jour il a un imperméable, un pantalon noir, une chemise et un blazer. Il occupe une partie du trottoir, et tient son parapluie gris bien droit.

Elle a choisi un parapluie d’enfant. Un parapluie petit, en plastique transparent, avec des dessins de Mickey. Cela tranche avec sa démarche, d’une femme pressée, comme si elle avait un rendez-vous important. Cela lui fait comme un de ces casques de salon de coiffure, qu’elle tient au-dessus d’elle. Elle court sur ses talons, pour une allure si peu supérieure à celle de la marche. Dérisoire. C’est drôle vu de derrière. Elle va vers le Teatro Arriaga. Il pleut. Elle est au milieu des parapluies, semble pressée et se rassure en n’avançant pas vite…Le vieux monsieur ne va pas vite, lui. Il a certainement un parcours correspondant à une partie de son quartier. Un périmètre délimité, qu’il arpente autant qu’il le peut. Autant qu’il pleut. Ils sont dans le flot humain, de Bilbao, un matin, sur des trottoirs dégoulinants. Des gens qui marchent. Vers quoi ? Vers qui ?…

Agur