Jivago si prés, si loin…

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Vieillir ne concerne pas que les hortensias. Mais ceux-là sont particulièrement rabougris. De pauvres fleurs qui se contentent de regarder les voitures descendant vers Itxassou. Certainement lasses des aboiements furieux de quelques « chiensdeleursmaîtres » qui hurlent quand vous passez prés des maisons. Plusieurs individus comptent dans cette catégorie de bête menaçante et agressive. Ça donne tout de suite l’envie de s’inviter pour un café, ou pour évoquer le ciel qui change…

C’est pourtant la télévision, une fois n’est pas coutume, qui propose une halte romantique. Arte a la belle idée de programmer « Le Docteur Jivago ». Malgré la douceur ici. Un ciel bleugris pour habiller un janvier en quinze degrés. L’impression du printemps, déjà. « Romantique », longtemps cette épopée sentimentale fut interdite en URSS pour cet argument. La Révolution russe vue par un américain, avec des dollars, certainement beaucoup, des idées, la capacité à rendre belles les choses, les paysages, les femmes, les êtres.

Bien sûr, loin, très loin de Serguei Einseinstein, du cuirassé Potemkine, et de cette scène terrible du landau dévalant les escaliers. Loin, très loin de l’intensité du noir et blanc, de cette expression sans paroles, cette force, cette douleur sur le visage d’une femme, cette mère qui va perdre. Loin, très loin de ce réalisateur-scénariste déclarant : « La révolution m’a donné ce que j’ai de plus cher dans la vie, elle a fait de moi un artiste…et si la révolution m’a conduit à l’art, l’art à son tour m’a entraîné tout entier dans la révolution ». Sergueï Mikhailovich apprendra plus tard la censure. « Victime d’une maladie de cœur et des difficultés imputables à son indépendance d’esprit (sic), Eisenstein succombe à un infarctus à l’âge de 50 ans à Moscou, dans la nuit du 10 au 11 février 1948. Il disait à la fin de sa vie qu’il était prêt à payer le charme de l’excessif et du suraigu et il l’a montré brillamment. »

Les hortensias d’Itxassou, ou d’ailleurs, comme les tournesols lorsque Larissa quitte cet hôpital de fortune. Tombés en hiver. Partis vers la tristesse, plongés vers la vieillesse, ce quai là-bas, qu’on est pas pressé de gagner. Ce lieu d’un port ou l’on nous amarrera, une dernière fois, pour couler sans plus se perdre. Pour nous fixer un peu au-delà de notre trace. Un doux destin, peut-être, si l’on compare à celui des fleurs flétries…

Les tournesols de ce refuge éclairé par Larissa, blonde créature veillant sur les blessés, comme sur Jivago. Géraldine Chaplin, loin et proche à la fois, portant un enfant de son mari-amant, qu’elle ne laisse pas. Tonia, qu’il croit voir dans ces ombres furtives, sous la neige, dans l’immensité, la souffrance. Julie Christie qui a laissé la clef d’un lieu, donne des nouvelles, les mots tendres adressés par  la brune, en partance. Omar Sharif, médecin  des révolutionnaires, comme des autres. Un poète a l’âme partagée. Comme un beau ciel d’été pensant à l’hiver à venir ;  toujours redouté…