Carnet de route, d’autoroute (2)

Le monde autoroutier vaut le détour. Un voyage, un univers. Assurément.

Des aires encombrées sur mon trajet, surtout en allant vers le Sud. La portion entre Clermont et la Corrèze, est toujours un peu moins fréquentée. Sans doute la compagnie des ex-présidents qui ne nous ont pas fait rire longtemps. Le type à l’accordéon, qui s’invitait au petit-déjeuner, celui qui fut son ministre premier, et qui rêvait de le dézinguer, et le président normal, enfin, cet expert en synthèse, celui qui a fait que la rose s’en est allée.

Au sud de Bordeaux. Des gens mangent; des couillons qui se prennent en photo, déjeunant dehors, sagement assis sur les bancs en bois d’immobilier d’autoroute. Avec force blousons et chapeaux, à la porte des Landes. Je passe vite. Ils sont quatre. Forcément il en manquera un sur la photo. Peut-être que dans un éclair de lucidité, celui qui prend la photo aime autant ne pas figurer sur cet indicible exploit de l’ordinaire : déjeuner dehors, sur une aire d’autoroute, un 29 décembre. A moins qu’il ne s’agisse d’éprouver le dernier appareil photo, made in Père Noël, que ces sexagénaires dégourdis tâcheront d’apprivoiser, lors du restant de leur vie.

L’aire de jeux est fermée. Comment peut-on fermer une aire de jeux ?!

La bouffe est ici réduite à sa plus simple expression. Du snacking et autres expressions à la « con ». Du genre sucreries industrielles et industrie du soda. Le café se vend plus d’un euro cinquante. Comme s’il était fabriqué en Polynésie et qu’il eut fallu l’acheminer dans des contrées reculées ! Tout est beaucoup plus cher et beaucoup moins bon. Ce doit être la distance. L’éloignement des axes principaux de circulation. Logique, non ?!

Les compagnies d’autoroute figurent les droits à péage d’autrefois. En pire. La prestation nous est facturée, toujours au prix fort. Les travaux nous ralentissent ; Coluche le disait bien, à cinquante kilomètres heure, Bordeaux-Bayonne durerait trois heures. C’est vrai qu’à ce prix-là, le temps passé serait rentabilisé.

Je m’échappe de ce monde autoroutier, passe par Tyrosse. Les joueurs de rugby s’affichent avec cette phrase : « Notre force c’est d’y croire! ». Cela suffit à me redonner le sourire. « Y croire », c’est la seule condamnation qui vaille.

Agur