Un peu avant dix-huit heures

A moins de vingt minutes de l’extinction des cieux. Du gris. En nuances que l’on distingue encore. Un ciel chargé, dit-on. De la pluie qui s’annonce parfois, ou déverse sans crier gare. De la pluie qui se contient, ce soir. Drue, ou en bruine. J’évite le mot « crachin », il me donne à penser à un triste crachat. Une étoile, fut-ce de salive, n’est pas triste…

Un peu plus de dix minutes. Un ciel qui disparaît. Une étape. Vers la nuit. Vers la nuit noire et discrète, mais pas sans craintes.  Comme ce titre dans « Les Echos » faisant état « d’une alerte maximale sur la dette mondiale ». On nous parle de la dette cumulée des Etats, des entreprises et des ménages à environ 275 % du Produit Industriel Brut.

J’imagine que le meilleur est à venir. Une fois encore. Une fois de plus. Une crise du système, qui va venir nous ratatiner un peu davantage. Ce sera la faute des noirs, des marrons, des rouges, des verts, des jaunes et des bleus. La faute aux Autres. A ceux qui ne vivent ni en Europe Occidentale, ni aux Etats-Unis. Et qui de surcroît, comptent venir y vivre.

Il faudra travailler plus longtemps, plus, et plus vite. Parce que l’on existe plus longtemps, moins bien, moins épanoui, moins serein. Moins humain. Il faudra dépenser tout et encore davantage, sachant que chaque jour l’on gagne moins. Il faudra faire la guerre dans plein d’endroits, parce que les autres sont méchants, veulent nous attaquer, et donc avant qu’ils n’aient le temps de le faire ; nous allons tirer les premiers, ainsi « l’on tire deux fois ».

Des gens sérieux qui ont suivi des études viendront nous mentir, les yeux dans les yeux, parce que la vérité n’est pas belle à dire. Parce que tout cela est absurde. Parce que « gouverner, c’est prévoir », et que « prévoir » désormais, c’est très compliqué à l’aune d’une semaine…Alors pour dans quatre ans, voire davantage !?! Parce que ce manque de visibilité ou de lisibilité, fait surtout les affaires de nombre d’intrigants. Allez ainsi, vous soucier d’un futur si lointain et opaque..

.Enfin si, ILS sauront l’évoquer pour vriller nos chairs et nos âmes. Ils viendront nous dire, nous demander :

« Que faîtes-VOUS pour VOS enfants ? …Qu’allez-VOUS laisser à VOS enfants ou petits-enfants ?…Cette dette horrible qui va les « plomber » dés leur naissance ?!?… »

Une insulte suprême, dans une injonction permanente et fondamentalement paradoxale. Une perversion sans nom.

Il fait nuit.