« N’ayez pas peur ! »

Une descente d’escaliers qui se conclut par une porte. Une porte en bois épaisse. Qui forme un angle droit avec une autre porte. Celle donnant l’accès à l’extérieur, en plexiglas. Deux chiens déboulent, comme je viens de franchir la porte et que je m’apprête à sortir. Un chien blanc, type Labrador. Suivi d’un autre, moins imposant. Du coup, je suis à l’arrêt. A l’angle d’un couloir de deux mètres.

Survient, une quinquagénaire, plutôt haute et forte, l’air occupé, une laisse à la main-comme quoi…-qui m’adresse une injonction paradoxale :

« -N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur !  »

Dans ces moments, je ne réponds pas. Parce que j’ai d’abord et surtout l’envie de lui coller une gifle, mais que je suis capable de contrôler mes envies. Le ton, déplaisant, de celle qui a l’habitude de diriger-mal- de commander. Les mots employés ; la forme impérative, négative. Le défaut d’empathie, malgré un certain niveau de conscience. Effectivement, j’ai peur. D’abord surpris dans mes pensées ;  un pays ou j’aime me balader, sans me soucier du retour à la réalité, que je n’envisage jamais canine, du reste.D’autre part, un vécu douloureux avec ceux qui tirent des humains en laisse, continue de m’habiter…

Oui, je sais. Je sais. Tous les coachings, maîtres en énergie et en pensées positives, en écologie cérébrale, tous les thérapeutes déglingués ou pas, toute cette faune nouvelle qui massent nos plantes de pieds, nous indiquent les plantes à manger, les graisses à supprimer, les postures adressées au Soleil, à Uranus ou à Pluton, les prières qui n’en sont pas, mais qui en sont, l’amour du prochain et la considération du Vivant le diraient, ou peut-être me conduiraient à le dire, le formuler…Je devrais faire un travail sur moi-même pour penser, pour envisager les canins-les câlins ?!- différemment.

Peut-être. Sauf que je les emmerde. Toute cette clique de conseilleurs, de programmateurs, de créateurs de concepts habillant l’intuition, ou un sens certain de l’observation . Je n’aime pas les chiens. Très souvent, j’englobe ceux qui marchent derrière, dans un même sort. Et je le vis assez bien. J’ai, en outre, le double plaisir de pester contre ces merdes qui peuplent les trottoirs, ma pensée malveillante allant jusqu’à railler tous ces cons, la main dans un gant de plastique…

Enfin, je hais les injonctions paradoxales. Pis que ces discours, ces formules qui se veulent positives, le bisou du soir, les câlins du matin, les gnan-gnan ou les petits mamours, les gestes affectueux, prodigués avec la conviction (!) forgée lors d’un cours subi de pose de papier-peint !?!…L’injonction paradoxale est une violence sans pareil. Elle est une formulation qui accable, à laquelle on ne peut répondre. Certainement la première violence faite aux petits êtres. Inodore, incolore, affreusement blessante. Pas de numéro vert, jaune ou bleu. L’injonction paradoxale. Comme l’émanation de tous ces paradoxes qui fondent ou sous-tendent tant de réalisations humaines. A méditer.

« Souriez enfin! »…

2 réflexions sur “« N’ayez pas peur ! »

  1. Ok tu peux m’englober …..je garde mes chiens plus qu’!ils ne me gardent!😊 je suis ennuyée. ….jaime un peu trop ce que tu écris. …

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