Les créatures

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Pas de discrimination. Pas de discours redondants. Des actes. Des faits. Elles se sont approprié le comptoir. Assises. Debout. Groupées. Consciencieusement occupées. Affairées. C’est l’heure d’avant. Avant-déjeuner, ici. Comme les horaires sont sur un autre mode. Plutôt sur le coup de quatorze heures, avant d’envisager de passer à table.

Mais, à l’aune de l’heure d’avant, il ne s’agit pas encore de s’attabler. Une boisson chaude, comme il fait un peu froid ; des nuances de café et de lait, avec de la crème. Un joli motif ornant la surface du breuvage. Une oeuvre éphémère. Un bonheur à boire, avec une sensation de chaleur douce. Un filet d’écume lactée sur les lèvres. Un soupçon de gourmandise. Du sucré embarqué avec un pintxo. De thon, de tortilla-un art ici-de légumes ou de pain noir. Pas celui que l’on opposait au « pain blanc ». Non.

Plutôt celui des humeurs en vogue, des attitudes du moment. Tendance « céréales », sans gluten, et autres vertus dont on sait bien, qu’elles ont  encore maille à partir avec les vices…Une maille à partager, à déshabiller, avant de la revêtir, comme si de rien n’était. On couche ensemble, puis chacun sa route. Les vices du sucre ou les vertus salées, à moins que les douceurs sucrées nuancent l’acidité : une maille à l’endroit,…

Les créatures se penchent consciencieusement. Je les observe. Des silhouettes, dont la tête penche. La bouchée parfois mal assurée, l’excitation qui délaisse les couverts, les amours qui ont mal aux dents, mais les dents qui croquent dans l’instant. Le crâne penché et légèrement incliné, des fois que le jambon réticent, ou la tomate qui glisse…

Je me contente d’une vue d’en haut, le bas dissimulé aux regards, doudounes, anoraks et compagnie. Les dos recouverts, les faces inclinées vers l’avant. Le moment est d’importance. L’hiver peut venir, les fêtes de fin d’année et leurs atours et leurs apprêts. Leur cortège de simagrées.

En attendant, le plaisir d’un cafe con leche…Sourire.

Agur