Récits déglingués un peu…

Des électriciens sont venus, ce matin, dans la cage d’escalier. Ils sévissent consciencieusement. Des gaines, une dégaine. Du bruit. De la perceuse qui perce. De celles qui feraient un trou dans plusieurs cloisons à la fois. Un engin de percussion pour fendre les séparations. Peut-être un œil qui traverserait plusieurs appartements à la fois, pour surveiller, veiller sur le troupeau humain. Savoir comment il occupe son Temps. Les pourcentages horaires consacrés aux différentes activités domestiques, par exemple. Les effusions, les infusions, les fusions, les dé fusions ; un condensé du dedans de la vie des êtres, ce qui est à l’intérieur des tuyaux…

Après avoir percé, chaque étage, consciencieusement, avec des trous pour faire passer l’information ? La lumière ? Des idées ? Le temps ?…Pour le plaisir de faire des trous, peut-être, comme des poinçonneurs de maintenant ;  ils sont revenus.

Ce matin. Armés de tondeuses à gazon, cette fois-ci.  Cela fait un peu de bruit. Mais les marches d’escaliers se découpent bien. De fines lamelles de béton. Du carrelage écaillé, effrayé par les lames. Ils viennent de poser du gazon. Qu’il ne faudra pas tondre, évidemment. Les gaines permettent l’arrosage, la lumière sera fournie par le  puits de jour, un peu,  par un éclairage très puissant, avec des projecteurs, qui faciliteront le visionnage parfait des déambulations dans l’escalier, comme dans l’ascenseur ouvert.

Le plaisir de franchir la porte d’entrée, remettre au Monsieur de service, dans un petit sachet prévu à cet effet, chaussures et chaussettes. Fouler les marches engazonnées. C’est bon pour la santé. Certains appartements bénéficieront de ce revêtement douillet. Chaussures interdites. Vêtements de papier très léger, comme celui que l’on utilisait pour les cigarettes. Corps filtrés très légèrement.  Ambiance d’ailleurs, d’une cage d’escalier ou l’herbe serait. Verte, forcément.

D’intérieurs herbeux, avec pas de végétation, d’insectes, de vie du milieu.  Des dedans d’époque, avec soi-disant les avantages, sans les inconvénients. La douceur surfaite, artificielle, convoquée sous nos pas. Une surveillance accrue. Une injonction à la nature, fausse. Une transparence de mauvais aloi. La sécurité comme prétexte. Traduite en revêtements, en vêtements, en contrôles, avec un espace de vie qui se réduit, le tout prononcé avec le sourire. Par des hôtesses, jolies, qui ont appris leur texte par cœur.

Les électriciens sont revenus. Peu importe le corps de métier, du reste. Les jardiniers ne feraient pas mieux. Ni certains boulangers, charpentiers ou autres tourneurs… L’énergie nucléarisée, tranquillement sévit. Dans nos assiettes, nos bouches, nos haleines.  Un enfer pavé de gazon douteux : mieux que l’herbe grasse, rosée le matin, coupante parfois, qui pousse sans demander, hors contrôle ?…Question à trancher. Urgent.

Les élec…