Pommes et noix

Une nature morte bien vivante. Pas dans un décor rudimentaire. Mélancolique. Plus dans un ensemble de couleurs sombres, ni dans des habitations peu ouvertes sur le Monde. Pas davantage dans un immuable saladier, mais dans une assiette, un plat de couleurs, de matières différentes, souvenirs de voyages ou d’ailleurs, d’endroits ou l’on n’en mange pas forcément, des noix.

Des pommes et des noix. Dommage qu’il faille peler les pommes. Des pommes au nom de héraut vaniteux. Celui qui croyait appeler le Soleil ! Carrément. Grosses ; comme ça j’en ai pour un peu plus longtemps. Pas tout à fait rondes, parce que sinon elle me feraient tourner la tête. Donc des formes, grossières. Plutôt sucrées, mais un peu, pas vraiment acidulées, plus ou moins goûteuses. Une couleur gentille. Une pelure qui demande à être débarrassée ; enlevée sans ménagement. Donnant ainsi, au fruit, davantage de tenue…

Des pommes et des noix. Les noix me font craquer. Avant déjà. Le casse-noix fonctionne. Pas de quartier ! Ça tombe. Ou plutôt ça casse. Parfois des dommages collatéraux, lorsque la gourmandise l’emporte. La gourmandise, que dis-je ?! Quelque chose de « vorace », du brutal, pour rompre. Et opérer illico, un tri sélectif digne de l’expertise. Une marque automnale. Celle de la patience, battue en brèche, du mélange ou des associations bienfaitrices. Celle des veillées nocturnes. Ou plus exactement de souvenirs lointains.

Des pommes et des noix. L’exact contraire d’une vie, qui conte aux enfants, le matin, à travers la télévision. Une garderie, dés la maison, qui ne dit pas son nom. Une attention exercée par l’écran, qui fera payer, plus tard, plus profond, son « affection ». Par la publicité, indécente, obscène, des produits à l’attention des petits…Achetés par des grands.

Des pommes et des noix. Loin, très loin du poème : « La guenon, le singe et la noix* ».

« Votre mère eut raison, ma mie :

Les noix ont fort bon goût, mais il faut les ouvrir.

Souvenez-vous que, dans la vie,

Sans un peu de travail on n’a point de plaisir. »

Un peu de travail. Comme Automne décline ses journées. En déclinant, justement. Permettant ainsi au sombre ou à l’obscurité, à la nuit et à Morphée, une créature masculine doit-on le rappeler, d’étreindre. Des nuits plus longues, plus douillettes, sous ou sur la couette…

Agur

 

 

La guenon, le singe et la noix : Jean-Pierre Caris de Florian…A lire.