L’Annivraisaire

Il est passé. Mon jour que je suis né. C’était bien.

Avant c’était doux, pendant c’était mouvant, aprés c’est passé. Il reste des mots. Des souvenirs qui ne sont pas sortis;  je les garde bien rangés. Enfin, pas « bien » à proprement parler, parce qu’ils font irruption parfois. Ils savent me parler. Ils se pointent toujours gentiment, sur la pointe des pieds, légers, tout légers. Tellement mignons, que je les invite à s’asseoir quelques instants pour bavarder, bavasser. Et je reprends un café, même deux. C’est si bon. Une ponctuation de caféine pour relier des moments, des pans de vie, avec des allers et retours, des hésitations, des caps tenus, des liens ténus, des épaules dénudées, minces et fortes, sur lesquelles je pose mes mains, exceptionnellement ma tête.

Des pensées, des désirs, une foultitude de questions. Des hypothèses, qui se vérifieront et d’autres qui ne feront pas long feu. Mon regard et mes pensées qui vont, loin, là-bas, ou je ne suis pas, ou j’aimerais bien, mais…D’inquiétudes aussi, de vouloir bien vivre « le reste de son âge », dés à présent, parce que ce temps me porte. De soupirs, s’exprimant toujours de la même manière ;  soulevant mon diaphragme sans états d’âme,  pudiques, cependant, n’insistant pas pour me ramener vers des contrées explorées.

Des mots qui viennent, parfois en « bordel » avec ceux de derrière qui poussent ceux qui sont devant et qui sourient pour se donner une contenance. Craintifs aussi du sort qui va leur être réservé. Même pas barrés ou raturés. Simplement effacés. Rayés de la carte sur laquelle ils ne pourront même pas prétendre avoir figurés !!! Le vertige du blanc, du vide, du néant.

A Bilbao, devant le théâtre Ariaga, un jeune homme en plein milieu de la voie réservée aux bus, slalome gentiment. Un policier motard vient à ses côtés. Le skateur ne l’a même pas entendu. Il lui sourit en continuant de dévaler, tranquillement. Sur le pont, les femmes sont nombreuses, jolies, bien mises, comme si elles se préparaient à un événement. Leurs formes non encore dissimulées par ces morceaux de tissus superposées.  Du maquillage, des lèvres peintes, des silhouettes graciles. A Anglet, le bord de mer est sillonné d’humains, un verre, une cigarette, tenue légère, quelques joggeurs en sueur, des mots doux. Sur le pont, quelques personnes se retournent, observent la scène. Chacun aimerait tant dévaler la pente, comme le skateur, souverain sur la chaussée. Emmerder le Monde entier, sans méchanceté, quelques instants, en glissant, doucement, sans pot d’échappement. Ailleurs encore, plus vers l’intérieur des terres, un joli minois arpente la ville. Il fait bon. Les chrysanthèmes ne constituent pas le thème. Ils ressortent moins dans la lumière et la clarté. Les maïs coupés ont augmenté notre champ de vision, les noix arrivent tard, les grandes surfaces de la côte basque vendent des kiwis de Nouvelle-Zélande et d’Italie. Labatut est si loin, n’est-ce-pas ?!…

Du coup Novembre vient doucement, souriant. Je pardonne encore plus  facilement le service minimum du jour, qui rosit un peu avant dix-huit heures, nous gratifie de « couchers » de soleil auxquels nous assistons, l’air béat. Une période de dix minutes, l’instant des photographes, l’instinct plus qu’un déclenchement, un objectif ou la vitesse…

Assister à un coucher, de quelqu’un qui se lève de plus en plus tard, se couche de plus en plus tôt. Encore un assisté, non ? Ne vous inquiétez pas, si nos chers élus s’en rendent compte, ils ne manqueront pas de convoquer le Soleil, de lui faire comprendre que s’il continue… Cela ne se passera pas ainsi. Et s’il faut reculer non pas d’une heure, mais de douze d’un coup, ils le feront. A Bruxelles, ou ailleurs, entre amis qui nous veulent du Mal, ils doivent bien pouvoir décider de cela, non mais !!!

Bonne fin de semaine.

 

2 réflexions sur “L’Annivraisaire

  1. « Des mots qui viennent, parfois en « bordel » avec ceux de derrière qui poussent ceux qui sont devant et qui sourient pour se donner une contenance. »… 🙂 : votre musique intérieure comme une sonnée de clochettes joyeuse et délicate, telle que je l’entends, et dont je me délecte ici une fois encore. Bon anniversaire, Christian.

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