Le Monsieur te dit (5)

L’appel était imminent. Monsieur Gata allait apparaître sur le grand écran, dans la chambre. Un écran recouvrant entièrement une paroi. Neuf mètres carrés. Ramené à la superficie du logement, cela faisait beaucoup. Une cuisine de dix mètres carrés avec un lave-linge, une salle d’eau de cinq mètres carrés, une chambre de douze mètres carrés avec un meuble pont. Ce dernier point avait constitué un choix possible ; ou un canapé convertible, qui permettait de faire office de salon, ou donc une chambre avec un lit et un meuble-pont. Myriam avait choisi cette dernière option. C’était un choix plutôt apprécié par le Centre, puisqu’il limitait, de facto, les allées et venues, la présence d’amies…

Elle vivait donc dans ce logement, de mixité sociale autorisée. La zone « Alentour ». Au centre, la mixité sociale libre, puis la mixité sociale encouragée, enfin la mixité sociale autorisée. Après…Après c’était différent. Le contrôle social relevait des forces « anti-émeute ». Les relations ou les liens entre humains avaient, disons, une autre consistance.

Dans son logement, de mixité sociale autorisée, Myriam bénéficiait d’une protection sociale conséquente. Santé, logement, nourriture,  lecture et cinéma, sport conseillé et pass trans-zone jusqu’à la zone de mixité sociale encouragée. Cela avait un coût, les passifs autorisés le savaient bien. En fait, Myriam bénéficiait du Crédit Amical.

Le Crédit Amical était une belle invention. Une forme de soutien reposant sur une base, plus ou moins large, choisie ; un choix librement consenti. Il en existait trois formes, avec des nuances, certes, mais trois formules génériques.

Le « FALIDE », en ce qu’il s’appuyait sur la famille. Le coût de la vie ou du moins la partie excédant les ressources de l’ IMPÉTRANT, IMPÉTRANTE pour Myriam était l’objet du prêt. Par contrat, les proches ( parents, enfants, cousins, oncle, tante, voire…) prenaient en charge ce surcoût. Les proches formaient un groupe autorisé, de cinq personnes, maximum. Chaque année, le contrat devait être revu avant d’être prorogé. Les obligations des parties, clairement consignées, validées par le notaire. Généralement, ce type de pratique prévoyait un remboursement étalé par l’impétrant, lorsqu’il retrouverait un emploi. La durée moyenne du contrat était de trois ans. Au-delà, les crispations familiales prenaient le dessus !

La seconde modalité, le « FAGILE », s’il s’appuyait aussi sur la famille, consistait en l’engagement d’une seule personne. Une personne ayant un lien de parenté. Donc un seul revenu et la constitution d’un binôme, qui si elle pouvait être moins contraignante, comportait un risque de lassitude, disons, plus rapide. C’est que le coût de la vie, pouvait être augmenté parfois de dix pour cent par trimestre, rendant rapidement les échéances trop élevées. Les calculs de remboursement, également, s’ils indiquaient une durée supérieure à dix ans, pouvaient abréger le contrat. C’était de la responsabilité du Commissaire-Délégué  de zone. De toute façon, ce contrat de deux ans n’était pas renouvelable. C’était contraire aux lois de l’Autonomie-Dépendance.

Enfin, « l’AMIDIFFUS » constituait la majorité des pratiques de crédit. Ici, pas de liens de parenté. Les contractants pouvaient être des amis, ou des relations de voisinage, des humains rencontrés sur PILE&FACE, le réseau social en vogue. Evidemment, pour les signataires, il s’agissait de prendre en compte la partie des dépenses de VIE dépassant les revenus de l’IMPETRANTE. Les signataires, dans cette option, pouvaient se compter jusqu’à trois. Myriam avait signé ce contrat, pour trois ans, non renouvelables. Il lui restait exactement six cent vingt sept jours, de répit.

Néanmoins d’autres clauses pouvaient entrer en jeu, dans ce contrat. Dont une part aléatoire. Parmi les trois personnes qui avaient signé le contrat, son contrat, deux avait tiré une carte majeure. Une carte de Droit Absolu.

En effet, lors de la signature de ce Crédit Amical, chaque signataire, s’il s’engageait sur le paiement de la pension et du maintien des droits de Myriam, tirait, en présence du Notaire, une carte parmi les sept proposées. Sur chaque carte figurait, une illustration, dessin ou photo, ou un texte. Sept cartes, comme celles d’un jeu anodin des FAMILLES, mais avec d’autres connotations. Les sept cartes étaient les suivantes. Une première, figurant une somme en euros, que le signataire verserait, à l’impétrante, dans la quinzaine suivante. Pour le cas de Myriam, la mise avait été fixée à cinq mille euros.

Une seconde carte, vierge d’inscription ou d’illustration, ne comportait aucune obligation ou droit supplémentaire. Une carte neutre, en quelque sorte. La troisième, dite « d’exonération », permettait au Recours ( ainsi sont nommés les prêteurs) de ne payer qu’un tiers de la durée du contrat, soit ici un an. Les points de Cotisation Solidaire étaient ainsi acquis, à moindre coût. Ils permettraient de vieillir plus tranquillement.

La quatrième, dite également « d’exonération », concernait cette fois l’IMPETRANTE. Ainsi le remboursement de l’aide serait également ramené au tiers. Une bonne affaire, assurément.

Si la cinquième carte, dite « du caprice » prévoyait de renégocier le contrat, dés l’année suivante, raccourcissant considérablement la durée prévue de l’aide, les cartes numéro 6 et numéro 7 étaient, redoutables et redoutées. De celles qui provoquaient un mouvement de glotte, chez l’IMPETRANT, ou une crispation dans le ventre chez l’IMPETRANTE…