Le son (2)

Sortir de chez lui n’avait pas constitué un problème. Un sourire, sans « bonjour » auprès de sa voisine ; une première rencontre passée sans encombres. La voisine et ses trois chiens. Un attelage pour descendre l’escalier. Une pulsation canine. Des sorties, des retours, des haltes dans l’escalier qui créaient des ralentissements, des paroles qu’elle leur adressait, forcément. Le nombre de propriétaires canins et leurs sempiternelles remontrances. « Non, non, non, je t’ai dit de rester là…Non, mais alors…Mais tu vas obéir, à la fin… » Une attitude de « petit chef », une forte envie de commander, d’avoir quel qu’être vivant à asservir. Déplaisant.

La voisine n’était pas dans ce registre. Elle, c’était plutôt du style « effusions perpétuelles ou plaisir de se retrouver ». Il souriait en pensant à sa dégaine. Une personne de petite taille, avec des lunettes et des cheveux courts, rien d’attirant en elle. Un homme au moins qu’elle avait du faire fuir, lassé des effusions du quotidien, à moins qu’il ne l’eut quitté, déjà victime de la concurrence canine…Une présence relativement discrète, hormis les moments de circulation dans l’escalier, la télévision sans discontinuer. Comme quoi, les effusions, au niveau culturel, montrent rapidement leurs limites.

L’obstacle de la voisine ainsi franchie, la boulangère fut également gratifiée d’un sourire. Cela ne la perturbait pas, la boulangère. Elle, elle en avait soupé des sourires. D’ailleurs, elle ne l’appréciait pas trop avec ses manies, ses choix de baguette ou de baguette aux céréales, de demi-baguettes, de pain entier, dans lequel il croquait sans ménagement, les petits gâteaux qu’il prenait parfois, en fonction des prix affichés…Comme s’il avait besoin d’un pain, celui-là, un espèce de faux-mince, un quinqua qui venait parfois avec des compagnes différentes. S’il ne les gardait pas, c’est bien qu’il y avait quelque chose, non ?!…Et qu’il ne lui parlât pas, ce matin, ça ne la dérangeait aucunement. Elle, c’était plutôt des gars sérieux qui lui allaient bien. Des travailleurs, pas des « boîtes à sourire », avec ces mains qui n’avaient jamais travaillé. Et ça, non vraiment, ça ne lui disait rien à la boulangère. Elle avait un vrai penchant pour l’étreinte rude, plutôt avec des grosses poignes et de la rudesse. De la rudesse, pas de « l’effeuré », non mais !