Le code (7) fin

Il marchait. Cela faisait maintenant un jour entier. Il arrivait en Bas de Roland.

Il avait croisé la bande à Ion, quelques centaines de mètres aprés le Grillage. Ils étaient une dizaine autour de lui sur un talus. Dans l’obscurité, il distinguait sans peine leurs couteaux. Ainsi les bras ballants, armés, ils l’entouraient. Le dominaient. Ils étaient vêtus avec des jeans. Bleus ou noirs. Des tee-shirts à manches longues. Le ciel était nuageux. On distinguait une masse plus noire que les autres.

« -Tu vas où? fit celui qui se trouvait au centre

-Je quitte, répondit Marc. Il était avec son mètre quatre-vingts, quelques kilos d’un peu trop. Son tee-shirt bleu ciel, un pull sur les épaules. Un sac porté dans le dos.

-Ah…De la Deuxième Classe…De la Deuxième Classe, les gars….Il y eut des murmures, des sifflets et des cris…Un des membres du groupe, à genoux, faisait un signe évocateur avec son couteau, qu’il passait devant son cou en tirant la langue et en hurlant…Plusieurs se mirent à se lancer dans cette chorégraphie menaçante. Ils étaient maintenant à deux mètres de lui. Il distinguait certains visages…Les dents étaient abîmés…Ils n’étaient pas rasés, leurs cheveux longs, pas coiffés. Une présentation différente. Très différente.

-Ou vas-tu ? reprit le chef, qui était resté en retrait, quelques mètres plus loin, en compagnie de deux autres.

-Je quitte, je pense aller vers Itxassou. Je crois qu’il…

-…y’ a des logements disponibles, oui. Tous ceux de ta Classe sont inquiets de cela…C’est drôle. Oui, tu peux atterrir là-bas et te poser. Je peux même t’aider. Tu es prêt à payer ?

Marc ne savait que dire. Il ne bougeait pas, mais ne répondit pas non plus. Deux couteaux vinrent se planter devant ses chaussures. Lancés avec une grande violence. Des petits rires nerveux constituaient le fond sonore.

Les autres s’étaient davantage approchés. Ils étaient tout contre lui. Marc les regardait, sans les défier, mais comme détaché des événements.  Il était douloureusement connecté à ces derniers moments passés en compagnie de Véro. Il avait l’impression d’une bousculade dans son esprit ; l’arrivée massive d’images, avec des sensations qu’il ne contrôlait pas complètement…Cela le déroutait et l’accaparait.

-Tu es prêt à payer, reprit le chef…Parce que je vais te laisser aller. Tu vas rejoindre le Bas, à Itxassou. Tu témoigneras. Mais, ici tu dois payer. Ce n’est pas possible autrement. Quelqu’un pour le souiller ? fit-il en regardant ses hommes.

-Le souiller, le souiller…reprirent-ils en hurlant.

-Le souiller et le contraindre, continua le plus costaud d’entre eux, qui se tenait sur le côté. Il était chauve, avec une immense queue de cheval. Vêtu lui, d’une combinaison avec des bretelles…

Ils se mirent à hurler de plus belle. Défaisant leurs ceintures. Ils exhibaient leur sexe, se caressant en le regardant.

-Souiller, cela suffira, dit le chef

-J’ai envie, continua le plus costaud. Les autres se rhabillaient. Ils riaient et vociféraient.

Alors, le colosse s’approcha de Marc, et sans mot dire, le poussa sans ménagement avec la paume de sa main, au niveau de la poitrine. Au sol, Marc était immobilisé par un pied qui lui écrasait le visage. Fortement. Mais sans le frapper. Le pied comprimait son visage. Puis, se déplaçant, vient fortement appuyer son épaule. Il tournait la tête vers son agresseur, sans espoir de desserrer l’étau. L’autre défit sa braguette, et se mit à uriner en direction du visage de Marc. Cela dura. Les autres hurlaient en riant.

« -Tu trouveras de quoi te rincer, fit le chef, d’un ton impassible. Tu es passé maintenant. Tu ne retourneras plus là-bas. Tu es « libre…Salut. »

Il claqua ses deux doigts avec un signe de la tête.

Remis sur ses pieds par deux hommes, sans ménagement aucun, Marc essuyait son visage. Il était vraiment passé, dorésormais. C’était dans sa tête que les choses se précipitaient. Il était debout, mais prostré. Les hommes s’éloignaient entourant leur chef.

« -Heeeee », entendit-il…Juste le temps de se retourner pour recevoir son sac en plein visage. Avec un bruit sourd. Il se tenait la tête, le buste penché vers l’avant.

-« Va-t-en, ajouta le colosse. Va-t-en doit devant ! »

Mécaniquement, il se mit à marcher. Il pensait à la Liberté et à la Tristesse. Il en avait jusque lors une impression. Il n’y aurait plus de changement. Il n’avait aucune idée de son futur ; c’est-à-dire des ses prochains vingt mètres. Il se mit à frissonner et à claquer des dents. « Droit devant », se mit-il à répéter. « Droit devant ». Cette pulsation rythmerait son parcours pendant les heures à venir.  Cette scansion meublait son esprit et dirigeait ses pas.

Il venait enfin de s’arrêter. En Itxassou. Il avait ces mots qui allaient et venaient en lui. Deux phrases qu’il ne comprenait pas tout à fait, comme un clapotis obsédant :

« Les larmes sont un don

Souvent les pleurs aprés l’erreur ou l’abandon,

Raniment nos forces brisées. »