Le code (3)

Quinze secondes. Plus moyen d’en réchapper. Durant cette poignée de durée, il fallait s’agenouiller, face à la rue et aux policiers, lever ses bras le plus haut possible dans le prolongement du corps. Les drones étaient déjà à moins d’un mètre de « l’égaré ». Ils renseignaient instantanément et en zoomant, sur l’avancement de la procédure. La photographie, dix secondes plus tard, constituait « lapreuve ». Si « l’égaré » avait suivi respectueusement la procédure, sa fin de vie, désaffectivée, donnait lieu à une issue clémente. Transmission de points, parcours de vie positivement rédigé et assurance de figurer dans les registres.

Dans une ville comme Bayonne, qui plus est en lieu-saint, cela avait une grande valeur. La ville était divisée en quartiers : Saint-André, Sainte-Marie, Saint-Esprit, Sainte-Croix, Saint-Léon. Saint-Bernard étant considéré comme « la lisière ».

Toutes les villes ainsi fragmentées en cinq quartiers. Cinq classes sociales, cinq types de parcours, cinq itinéraires déterminés en fonction du classement, des origines, du taux de masse graisseuse, des magistères acquis, de l’évaluation de la qualité des relations avec les cinquante cellules proches du quartier. Les passages entre quartiers étaient raisonnablement tolérés, validés par le commissariat, déterminés par la position sur la liste. Ainsi chacun était rassuré quant à son sort. Egalement épargné de la préoccupation  des besoins vitaux. L’organisation avait publié un bulletin, lors de la semaine 34. Il y avait actuellement, vingt semaines d’avance. Quelle idée !

L’égaré, raisonnablement agenouillé, était effacé, enveloppé et emporté, par les trois drones. Il serait épandé en cendres, dans la plaine des jardins à Saint-Etienne, un quartier entièrement dévolu aux cultures. Plus tard. La procédure était évidemment fixée et répertoriée de manière précise, mais pas divulguée. Ici, c’est-à-dire, dans les situations de « Fin », s’appliquait un principe fondamental de survie de l’espèce : «  ce que tu ne sais pas, te protège » . Les celluliers proches oubliaient. Dans certains cas, la période du changement pouvait être actée, pour soulager la mémoire. Selon l’avis du « méditeur » assisté du policier et du « municipovre » de faction au moment des faits ; le tout étant validé par l’élu du quartier. Quelle idée !

Le cycle se poursuivait ; une cellule était déjà accompagnée vers le « sousletoit » libre, vidé, rangé et repeint en blanc. Le mobilier arrivait, tandis que l’on débarrassait l’ancien. Dans le calme, « la paisibilité ». Les cinquante cellules les plus proches prenaient connaissance sur « l’écranpermanent » de la constitution de cette cellule arrivante. Des informations pertinentes, nécessaires à la vie en collectivité. Une rubrique impertinente figurait aussi. Elle ne concernait que les adultes. Parfois la lecture de cette rubrique donnait le sourire aux lecteurs et colorait l’accueil d’une façon charmante. Quelle idée !