Le code (2)

Vingt heures passées de sept minutes. L’alerte individuelle de disparition sonnera dans une heure et quarante-huit minutes. Elle sera en fait activée, cinq minutes avant vingt-deux heures. L’heure du coucher incité.  La patrouille sera sur la trace de « l’égaré » à vingt-deux heures. Dans le bloc de la rue des Gouverneurs, à Bayonne. Au pied du numéro six, exactement. Dix mètres au-delà, un engin de sécurité en travers de la voie. Deux policiers armés agenouillés. Un chef avec un porte-voix, depuis le véhicule. Trois drones pour immobiliser l’égaré et le mettre hors d’état de nuire. Un égaré. Quelle idée !

« -Descendez Marc, venez-nous retrouver, pour vous emmener et vous libérer, s’il vous plaît. Avec votre coopération et la non-sollicitation des municipovres ou des patrouilleurs-nettoyeurs, vous aurez droit à une crémation propre, en premier lieu. Ensuite votre bibliographie officielle et votre éloge funèbre seront flatteurs et positifs, comme le prévoit la Loi. Vous demeurerez dans les archives de la Ville de Bayonne et vos celluliers proches auront accès à vos effets, votre cheminement rédigé, ils récupéreront, en outre, vos points de classement. Vous avez une minute pour vous décider . »

C’était la sommation conventionnelle. La procédure était respectée. Les policiers menaient leur mission avec sérieux et désaffection. C’était ce que la Loi requérait d’eux. Leur recrutement et celui des méditeurs était d’une très haute exigence .

« -Il vous reste trente secondes… »

Cela signifiait la mise en route des drones, déjà dans l’air, dotés chacun d’un poison mortel, comme d’une arme à projection. Infaillibles. Les cours de « CivilitéEducative » exposait cette procédure de Fin, dans le détail. Les enfants de dix ans étaient informés, avertis, avaient déjà visionné plusieurs « FinsInopinées ». Le sort de ceux qui quittaient le Chemin, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, ne leur était pas inconnu. Chaque année, le « ProgrammeApprenentiel » se voulait exhaustif, davantage encore. Les cas de Fin leur étaient exposés, détaillés suivant leur typologie : les accidents, les naturelles, les naturelles anticipées. Chaque issue étaient mise en mots et en image. Des relevés et des indications bibliographiques concernant chaque catégorie, étaient en libre-accès répertorié, pour les étudiants

Tout à fait logique et cohérent, que d’envisager la fin du PROJET. Le PROJET était la base de toute l’organisation. Chacun avait le droit de participer au sien. Mais pas entièrement. La mémoire, par exemple, était effacée à plus de quatre-vingt-dix neuf pour cent, tous les trois ans. Jusqu’à l’accomplissement d’un demi-siècle. Ensuite l’effacement était programmé pour chaque année. Ainsi les âgés constituaient  un moindre poids pour la société. Les radotements et la sénilité n’existaient plus. Les âgés étaient comptabilisés, au quotidien. Chaque mois, ils avaient connaissance du classement. Leur position de Fin, leur était signifiée, de cette manière appropriée. Cela peut vous sembler rude. Quelle idée !

Les âgés étaient fêtés dignement, la veille de la Fin. Ils étaient conviés dans un établissement d’ultime réception, pour un repas savoureux, avaient droit à une pâtisserie, l’alcool et le café à volonté. L’agent infirmier intervenait lors d’incident ou d’un éclat de voix, et en cas de récidive, l’administration d’un sédatif se faisait avec la participation citoyenne de chacun. Le capital-points de l’âgé était multiplié et déjà, les celluliers gratifiés venaient le remercier. L’âgé contribuait encore au petitbonheur de ses proches celluliers. C’était l’accomplissement. La démonstration de tout ce que la Nouvelle Civilisation avait mis en oeuvre pour l’amélioration des conditions de chacun. La pratique du pleur s’était estompée depuis un long moment déjà. Ces marques de l’émotion qui autrefois décontenançaient les gens, les trahissaient, les soumettaient, les empêchaient. Toute cette expression irraisonnée n’avait plus cours. Les conditions étaient meilleures en tout point, dans tous les domaines. Quelle idée !

« -Il vous reste quinze secondes… »