Feuille de mousse

Cette feuille n’est pas verte. Pas jaune non plus, ni rousse. Elle ne s’envole pas. Elle recouvre mon café-crème. C’est la crème de la crème.

Pas spécialement goûteuse, parce que je ne lui autorise que quelques instants d’existence. Le temps de jouir de sa vue, de l’allure qu’elle donne à mon breuvage. Comme un unique exemplaire. Une création de l’éphémère. L’instant. Le plaisir du beau, sur le moment.

« Un homme à la mer », je viens de plonger le petit biscuit qui l’accompagne. Un sourire plus loin, le biscuit recueilli avec la petite cuiller, plonge une seconde fois. Et mes papilles emballées savent que le meilleur est à venir. Le crème est encore chaud. Pas trop. Pas tiède non plus. Le timing est parfait.

Un petit bonheur au quotidien. Pour alléger la charge du demi-siècle pesant. Pour ne pas ployer et continuer de regarder vers l’horizon, le haut, là-bas. Pour explorer la finitude, pour de vrai. Sans y penser, tout en y pensant.

Agur
dav