Août toujours

…Ce matin, tôt pour moi, mais sans doute à point nommé,  pour eux, deux ouvriers en terrasse, à l’angle de la rue. Une bière fraîche. Plutôt rousse. Une cigarette au bout du bras. L’apostrophe sonore, pendant que son collègue se lève. Un tee-shirt bleu qui a déjà bien transpiré. Un visage de barbu, rond et marqué. Comme celui d’un peintre-marin. Un peintre qui voyagerait. En quête de réconfort du quotidien. Une clope, une bière. Quitte à arrondir la ligne. Une barbe grisonnante pour finir d’habiller le visage. Et puis…

Le détail. Un point. Un point de peinture blanche, juste sous l’œil gauche. De ces petits détails qui prêtent à sourire. De ces choses que l’on ne dit pas. Parce que. Un point mais plus gros qu’une tâche de rousseur. D’ailleurs une tâche de rousseur, blanche, ce n’est pas une tâche de rousseur. L’art du maquillage involontaire ; ça marche !

Le gros monsieur chauve, au bout du comptoir, mâche consciencieusement son pintxo. Avec son crème. Il est vêtu de la même chemise quadrillée. Monte les escaliers qui le mènent au lieu d’aisance, en comptant les marches à voix haute. Il retourne à sa place et enchaîne sur un grand verre d’eau. Chaussé de lunettes, la tête dans le journal. A vérifier la teneur du quotidien. Sans doute ses grosses jambes le remercient pour ce liquide neutre et  bienveillant. Il n’a pas vu la tâche, le point sous l’œil de l’ouvrier peintre. Plongé qu’il est dans l’actualité meurtrière, celle des ouragans, des inondations, des fusées impromptues…

La serveuse siffle ou chantonne avec la musique. Parfois en la couvrant. Les clients s’attablent. Une assiette avec un croque-monsieur,  la fourchette plantée, comme un mât. Le crème d’abord, avec sa mousse, onctueuse et gentiment dessinée. Des rites païens, mieux que les parenthèses monothéistes. Sans autre forme de procès !

La tortilla* a du succès. Elle couche avec tous les flacons. Bières, descafeinados, cortados, jus de fruits. A moins que ce ne soit l’inverse, que tous les breuvages la poursuivent de leur assiduité. Quien sabe* ?!

Agur

 

 

la tortilla : omelette, mais ICI, c’est davantage…Nature, chorizo, pimientos…

quien sabe : qui sait