Café pause

 

sdr

C’est un angle de rue. Un de ces endroits qui arrondit les angles. Un café, dans une densité d’établissements proposant du boire et du manger. Du voir et du parler aussi. Le mobilier blanc du marchand de houblon, la table à l’unisson. Le balayeur assis, les jambes allongées, devisant sereinement avec l’œil de l’horodateur. Ici, « l’œil » est vêtue d’une tenue sombre, puis d’un gilet dans les jaunes fluorescents, en guise de bustier.

Lui, mince élancé, chevelure d’argent, oreilles percées, comme un vieux bourlingueur des rues. Les ongles rongés, signe du stress  qui empêche de repousser. Elle debout, plutôt ronde, peut-être un périmètre d’action moindre…Une cigarette en commun, un café mâtiné de lait, une sacoche noire également. Ils verbalisent. Pendant ce temps, au moins, celui du sens identique de l’expression pour chacun.

Sur ma droite un couple d’amoureux éprouvés par la vie, échangent des baisers dont la consistance m’interroge. Café au lait, contre bière. Tous les goûts sont dans la nature. Ils se lèvent, fumant de concert. Et si la nicotine avait, en cette occasion, servi de jonction gustative ?…Du goût traduit en sourires. Tant mieux.

Derrière moi, un élégant monsieur lit. En chemise blanche et costume chocolat. Pas taupe, plus clair. Les cheveux longs et gris délavés, plutôt sur la partie arrière du crâne, l’avant résiste mais n’a plus besoin d’être coiffé. Un geste de la main, doit suffire. Comme on tourne les pages, machinalement. Une réminiscence. Tranquillement. A côté un palmier donne l’illusion d’un décor bord de mer. Vive la Ville !

Agur