Aste Nagusia Bilbao (4) : Herri kirolak

4. La Bola*

 

Prés du Musée Guggenheim, des touristes et des promeneurs. Il y a des boules au sol. Elles forment un parcours. Des appuis favorisant la tendresse et le rapprochement des peuples. Cet aitane* qui donne la main à sa petite-fille. Lui, cheveux blancs, chemise blanche quadrillée de bleu, pantalon bleu ciel. Impeccable dans sa posture, son maintien. Elle nu-pieds, en jupe, sa main dans celle de son papy. Ce dernier prend toute sa part dans l’appréhension vaincue par la petite fille. Pas inquiète pour deux sous, souriante, déterminée. Sans doute aurait-elle accompli le parcours, comme une grande qu’elle est presque, mais aitane est heureux comme ça.

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A quelques rues de là, les spectateurs sont assis  sur des chaises. De part et d’autre de la chaussée. Le sol est jonché de morceaux de bois. Ils ont volé en éclats. Littéralement. Sous les coups de boutoir des aizkolari*. Même les « trousses à outils » sont signées. De bois, comme un bagage d’un autre temps. Avec un motif original, ou cas ou il y aurait des réclamations à la consigne (!?!?)

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C’est maintenant le tour des hommes forts. Ils sont appelés  » IZETA ». Ce n’est pas leur nom, mais celui de la Ferme, comme on fait ici. Les numéros correspondent à la fratrie ou à la filiation. Noms écrits sur le dossard d’un habit sensuel. Un gilet de protection, laissant les bras nus, avec des lacets sur les flancs pour relier le recto et le verso. Des protections car la pierre, les pierres marquent. La démonstration de lever de pierre, d’une main ; effort statique qui rend le souffle court, plombe les cuisses, creuse les lombaires,  est accomplie par deux hommes. En un temps donné et à tour de rôle, ils amènent la pierre à tutoyer les étoiles durant…80 fois. La performance est incarnée par un projeté vers l’arrière pour passer sous la charge, faire corps avec le « dur ».  Le trajet de la pierre compte trois stations ; décollage, halte sur les cuisses, puis le buste et l’épaule. La pierre reprend contact avec le sol sur un pneu rembourré, recouvert d’un bâche d’où s’échappe un  » pffuuiiit » qui dit de la violence de l’effort. Des protections pour amortir les minéraux. Les pierres marquent. Nous l’avons déjà dit. Elles ne roulent pas. Quoique…

La famille a imprégné.  Les deux petits garçons d’un peu moins et d’un peu plus de dix ans, se lancent dans l’effort. Ils ont acquis les gestes. Se déplacent avec la bola vers le jury, saluent les spectateurs, en s’arrêtant devant la foule alignée sur plusieurs rangs. Le salut consiste à faire descendre la boule, la remonter et la faire passer autour de son cou.

La famille transmet. J’imagine ce hangar d’où émanent les ahanements à soulever, porter, répéter sous le regard d’adultes aguerris. Je pense à  ces heures d’efforts à venir, dans une ferme relativement isolée,  en Guipuzcoa,  Biscaya, Iparalde ou ailleurs, en prévision des DÉFIS à venir.

Car tout est là. Vouloir surpasser l’Autre, le concurrent, celui qui vous fournit un prétexte. Explorer en les repoussant ses propres limites. En empruntant l’itinéraire des travaux ruraux déclinés en discipline sportive. La prouesse anonyme soutenue désormais par un public, qui devant ces hommes forts, ne reste pas… de marbre.

Agur

 

la bola : la boule. La pierre ronde, que l’on soulève et fait passer autour du cou. Il existe des pierres cylindriques, rectangulaires, cubiques…

aitane : grand-père

aizkolari : bûcheron