Aste Nagusia (6) : Herri Kirola Neskak

Elles forment un attelage. Harnachées. En short ou fuseau, des dossards violets. Leur entraîneur en  face. Il marche à reculons, indique les temps de repos, entre chaque aller-et-retour avec une pierre de 500 kilos à traîner sur environ une trentaine de mètres. Un groupe de huit jeunes femmes. Des femelles vigoureuses, courageuses, le pied droit devant, pour celles de droite. Le pied gauche, de l’autre côté. Une première foulée qui coûte. Avec un temps de suspension, le corps penché vers l’avant, et à l’arrivée la même attitude vers l’arrière, comme s’il s’agissait de reprendre sa respiration, ses esprits, aprés un effort qui n’autorise pas la faiblesse.

Parmi ces jeunes femmes, l’une d’entre elles, en figure de proue, lâchera un peu avant la fin…Comme si l’oppression du groupe et de sa place au centre ne lui étaient plus supportable. Elle est grande, élancée. Dans un sport collectif, on l’imaginerait volontiers  sur l’aile, dans des espaces libres ou elle puisse se déplacer à sa guise. Les jeunes femmes ont un rictus qui déforment leurs visages  gracieux. Elles effectueront un dernier aller-retour, sans quasiment s’arrêter avec la difficulté que constitue ce virage esquissé pour se remettre dans le sens du départ. Les spectateurs à l’unisson. L’expression du collectif. Lorsque le chronomètre s’arrête, elles se pressent pour se détacher, ravies, malgré la fatigue, de marcher sans contrainte et d’aller, enfin, se désaltérer .

La Force Basque au féminin, aprés le soka-tira*. La parité, avec un je-ne-sais-quoi de force exercée sans rage ni frénésie. Un zeste de féminité, peut-être…Aupa Neskak !

Agur

dav

soka tira : tir à la corde