Le pied

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Je veux me chausser léger, plutôt avec une tige basse. Une tige basque, même. Je veux  marcher, courir et voler. J’ai besoin d’une semelle épaisse. Pour amortir et soulager mes articulations qui ont mal aux dents.  S’il pleut, pour ne pas glisser. S’il pleut, la corde va s’effilocher. Comme des sentiments rincés par le Temps. Des nervures à couper ou à lisser, pour ne pas trébucher.

Des chaussures jolies, bien présentées, alignées, sur des draps blancs, en bord de plage. En Biscaye. De grands sacs bleus, pour déplacer le butin. Des grands sacs bleus, pour rappeler l’Océan. Juste en face. Des marchands noirs, détendus, apparemment sans le poids du chiffre d’affaires sur leurs épaules…Et pourtant ! Les vendeurs ne semblent pas pourchassés. Pas de ronde de voiture de police. La plage est polie, mais revendicative. L’affiche exprime son soutien aux prisonniers basques.

Sur l’eau, les bateaux patientent pour entrer dans le port. Alignés l’un derrière l’autre, comme en file d’attente. Un écart entre le troisième et le quatrième. De bon aloi. Rien de plus désagréable que ces personnes qui se mettent contre vous dans des  files d’attente. A vous refiler leur haleine, à dévoiler le menu, par le relent. A vous toucher, comme vous ne le souhaitez pas, le coude dans les côtes, la main contre la fesse.

Des bateaux chargés, certainement. A décharger, et à reprendre la mer, en suivant. En suivant les préconisations de l’astre à quelques trois cent quatre-vingt cinq mille kilomètres de là. Un astre magique. La reine des éclipses. Celle qui agit sur les flux et les flots. « Le bonheur est un astre volage, qui s’enfuit à l’appel de bien des rendez-vous » chantait Trenet*…

 

 

Trenet : « Le Soleil et la Lune »…Evidemment ! Évident.