Athletic Club et café

Un lendemain de qualification pour la Coupe d’Europe. Un destin européen pour les Biscayens. Hier, les pèlerins déambulaient tranquillement vers San Mamés*. Un peuple de fidèles . Vêtus de maillots rayés à bandes rouges, verticales. Des papys légèrement bedonnants, se déplaçant lentement. De jeunes femmes en short court, avec des talons fièrement. Quelques autres avec des maillots verts de l’Athletic, toujours, un papy grisonnant avec une écharpe (…), des quinquagénaires féminines prêtes à entrer en cours de partie, également…

Un peuple paisible, pas pressé, engagé, fier des couleurs de son équipe. Ce matin, aprés la victoire, des signes discrets émergent à nouveau. Ce vieux monsieur qui marche légèrement penché vers l’avant, avec une casquette blanche à l’effigie de l’Athletic.

Mon voisin vêtu élégamment d’habits usés, pantalon et blaser bleu marine, un pins du club, au revers de son blazer…Un porte-cigarette qui croise curieusement avec un citron pressé,  une toux d’outre-tombe ponctuée d’un glaviot, écrasé par la pointe du pied. Des mocassins noirs qui datent, abritant de vieux pieds coiffés de fines soquettes élastiques. Une certaine idée de maintien… Le tout dans une attitude jouissive, bien installé sur sa chaise, le corps légèrement penché vers l’arrière. Des petites jouissances présentes, le moment qui passe, plutôt dans la contemplation.  La fumée n’a pas précipité l’issue fatale jusque lors. Il n’est peut-être plus temps de s’en passer.

Cependant, le football n’est pas la préoccupation principale des deux femmes qui occupent l’angle de la terrasse. La conversation va bon train. Leur équipage consiste en trois chiens, deux gros et un petit. Ils se tiennent coi. Empathiques. Le plus gros, un gris à l’allure de bull-dog, avec une face moins écrasée, a même l’air de pleurer avec les deux femmes qui s’enlacent tendrement, pour se réconforter. Elles gardent les yeux rougis, pendant plusieurs minutes encore.  Comme aprés une confession douloureuse, une confidence intime qui rapproche davantage encore deux êtres. La plus âgée, plus ronde débit jovial et détachant ses mots jusque lors, avec ses tresses grises, la plus jeune décidée, d’un débit plus nerveux, avec de jolis cheveux longs, d’un blond vénitien. Une silhouette plus affinée, un peu comme l’expression d’une vigueur, un emballement, une vague qui viendrait frapper le rocher…

De tout cela, l’homme qui vient les retrouver, profil d’alpiniste, nu-pieds, cheveux courts, tee-shirt bleu, n’en saura rien. Il s’installe, avec une boisson et de la nourriture. Les pintxos* ici, sont attirants. Une incitation à la gourmandise permanente. Une épreuve que j’essaie de surmonter en la fixant, sans y toucher. La serveuse qui lit dans mon regard me sert mon « café solo », et ajoute :  » algo de pintxo ?… » Je souris, fier de ma minuscule victoire ;  de celle qui annonce une multitude de défaites !!!

Agur

San Mamés : nom du stade de l’Athletic Club Bilbao, surnommé « la Cathédrale »…

pintxos : mets délicieux de petite taille, de forme et de consistance variée…une « tuerie »!!!

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