Soir de fête (2) : en jaune et bleu

En descendant vers la rue Port-Neuf, quelques pas aprés le « carrefour » avec les rues Orbe et de la Monnaie…Du bruit. De la musique. Du « gaz » ! Je m’avance. Sans regrets. Je laisse derrière moi la Cathédrale et quelques routards-sans port d’attache, en balance sur le pied droit, le gauche, la « boîte à mouvoir » indécise ; marche avant, marche arrière ?! L’équilibre est précaire. Quelques tables dressées, sur lesquels de jeunes festayres se  dressent. Ça crie, ça chante, ça piaille. Globalement dans l’uniforme blanc, avec un peu de rouge. Moi, ce que j’apprécie plus encore, dans cet ensemble, ce sont les disparités. Les couleurs, les tons, les notes différentes.

Et là, je suis servi. Au 39, de la rue Port-Neuf, avec un monsieur qui habite au-dessus,  de passage furtif vers la fenêtre du salon. Je le regarde avec son air faussement détaché . Il doit lui tarder que le bruit se déplace…Sourire.

DSC_0135Le bruit en question vient de la banda de Cournon, soutien inconditionnel de l’ASM. C’est bon, c’est très bon ! On a droit à du « Bayonnais, allez, allez ! » et bien sûr à l’hymne de Jean Dauger, enchaînements type « batucada »; le rythme va !

Une jeune fille détache ses cheveux, tout un symbole. Elle se déchaîne, secoue sa tête également, ses jolis cheveux bouclés viennent et vont. « Les yeux d’Emilie », mieux que « les sardines ». Et chacun de bouger, même ceux qui sont assis battent en mesure avec leur pied. Des gens passent, s’arrêtent. Certains dans une posture significative, se déplacent le bras levé haut, le téléphone portable à la main. Pour des films, que j’imagine, ils ne verront jamais. Ou l’art niais de vouloir « figer » l’éphémère, comme on mettrait les Fêtes de Bayonne en bouteille…

« Allez, allez, les Bleus et blancs de l’Aviron Bayonnais… » Le chant résonne en  maints endroits. Des jeunes filles à peine descendues du bus, et dépassant les containers-toilettes de l’Avenue du 11 Novembre, quelques pèlerins rue d’Espagne, rue de Gosse. Ah, par contre une naufragée, assise sur ces plots anti-stationnement, nommés « bites d’amarrage » par sa camarade plus lucide, qui téléphone, depuis le séant précédent, ne chante pas, elle. Les chevauchées emboîtées  ne doivent pas non plus lui sembler une source d’inspiration quelconque. C’est le pénible, la douleur, l’appareil digestif qui comprime le cerveau, le foie qui rame, les neurones en colère et vexés qui transmettent leur tension…Demain sera un autre jour .

En stage à La Teste, les rugbymen de l’Aviron feraient bien d’avoir présent à l’esprit, cette préoccupation, cette évocation, cette affection pour la société du bord de la Nive. Les gens attendent de gagner, d’être fiers, et pas forcément de trouver un club de supporters qui leur ira bien, ni même un signe venu du ciel. Ici, si tout est ciel et blanc, les cieux de juillet sont grisonnants…

« Allez, allez… »