Traités mal.

Plus de deux cent vingt millions de clients dans le Monde. Des milliards, en dette, en logo, en changement de nom, de couleur, en achat, en rachat, en vente. Une entreprise de communication. Travestie en nom de fruit.

Et les petits pèlerins. Dans l’agence bayonnaise. Vissés sur leurs sièges. En attente. Une heure, deux heures. Quelques cafés plus loin, un texto pour vous indiquer que « ça y est » et vous vous radinez à l’agence. Souriant. Pour attendre de nouveau. Une demie-heure, trois quarts d’heure, davantage encore.  Qui peut le plus, peut le moins.

Les pèlerins lient conversation. Entre délaissés, parqués. De lassés, nous devenons « guetteurs ». De celui qui est à l’accueil, qui ne reçoit pas, lui. Qui passe et repasse en feignant de nous ignorer. De celle-ci qui sort déjeuner. De cestui-là qui finit d’essuyer ses lèvres. Tout d’un coup, une illumination. Prévenant, il vient vers nous et nous conseille, la prochaine fois de passer par le service « boutiques » par internet. Et pourquoi pas ?…

Les vendeurs disparaissent, reviennent. Pas un mot. Si,  on allume la télévision pour un monsieur retraité, qui nous fait partager le journal télévisé de TF1. Le monsieur a l’air d’apprécier. Moi, je fais partie des « subisseurs »; « qui peut le plus, peut le moins ». Une dame quitte d’un coup le magasin. Une autre sort « vapoter ». Les rangs s’éclaircissent. C’est l’heure du déjeuner.

Vient mon tour. Quelques renseignements et deux informations plus loin, je quitte les lieux. Ah, c’est curieux. Ils n’ont pas l’air soucieux de l’évaluation, ce jour. Pourtant une belle prestation. Deux heures et demie avant d’être reçu. La grosse machine de communication se prend les pieds dans le tapis, régulièrement, au quotidien. En silence. La douleur de sa furieuse incapacité à recevoir des humains, en direct. Encore plus douloureux quand on se fait fort d’illusions, d’immiscions, d’instantanés, aux quatre coins de la planète. Du quotidien de « traîter mal ».

Je pense à cet employé les traits tirés, de plus en plus  tendu. Dans une ambiance pesante.  Une rangée de pèlerins qui râlent, abusés, frustrés. Au milieu de gadgets chers, qui nous attachent et  détournent les professionnels des regards d’humains.

« Évaluation », vous avez dit « évaluation » ?! Vous utilisez aussi l’expression « relations clients », je crois. Il paraît même que vous « gérez » les relations humaines, les ressources humaines. En les dépouillant, les vidant de leur substantifique moelle ?!…