Les vieux

Ils sont minces. Bien mis. Assis côte à côte. Les yeux abrités derrière des lunettes de soleil. Il se parlent peu. Ça vaut peut être mieux. 

Il se tient droit, le coude sur la table, sa main qui soutient son menton et son visage. Elle est plus relâchée. Elle a de blonds cheveux courts, en abondance encore. Parfaitement coiffés. Comme lui avec ses cheveux blancs, qui donnent une illusion de bataille, de vie. Elle remplit mieux son pantalon que lui. Ses cuisses se sont chargées au fil du temps. Les siennes ont perdu beaucoup de leur volume. 

-« On va marcher, esquisse-t-il

-Non, il fait froid. D’ailleurs il y a du vent. Presque personne dehors. Et puis quand on va sortir tu vas te plaindre que tu as froid…

Il n’insiste pas. Il s’est habitué aux défaites. D’avoir trop gagné, précédemment ? De s’être habitué à capituler ? Un partage de « pouvoir » entre la vie sociale et la vie de couple ?…

Ils demeurent impassibles. Le regard en direction du parking. Des rares passants qui passent. Elle a pris un café et lui un crème. Leurs tasses posées devant eux. Une goutte sur chacune , une trace du breuvage qui a versé à l’extérieur, plus exactement. Comme pour indiquer un statut de « vieux ». 

Il a des chaussures-bateaux, qui paraissent trop larges désormais. Comme si ses pieds avaient maigri, eux aussi. Elle a les  pieds  nus dans des chaussures d’été. Les doigts de pieds, plus tout à fait alignés, des ongles peints qui auraient tendance à n’en faire qu’à leur tête…

Ils se lèvent. Elle se tient bien dans son pantalon gris et polo assortis. Elle sort en premier. Il est déjà derrière, laborieux avec sa canne. Ils vont en direction de l’Océan. Il suit, trois mètres derrière. Comme ils s’approchent du front de mer, il s’assied sur un banc. Elle se penche vers lui, glisse sa main dans la saignée du coude, le contraint à se relever. Les quelques cent-vingt mètres qui les séparent de la voiture, leur fourniront un motif et une destination de balade.