Location 500 m2 à la Chambre d’Amour

Arrivé aprés dix-neuf heures.  Accueilli par l’Océan vivifiant, pour un bain rapide, rafraîchissant. L’Océan, fréquenté par deux baigneurs ou trois, des surfeurs et cette nouvelle catégorie de « marcheurs sur l’eau ». La marche nordique, la marche aquatique, prochaine étape : la marche stratosphérique!

Un bain, puis deux, puis trois. De petites gorgées, ou  petites bouchées, en ablutions multipliées. Pour en profiter davantage encore. Comme des baisers sucrés, ou salés, effleurés d’abord…Pointus avant de s’arrondir et d’amener des caresses. Par petites touches.

De la musique venue d’un saxophone. Elle est assise, en tailleur, dans une belle géométrie rectiligne. Une jeune femme brune, avec une petite fille à ses côtés. Une petite fille, de ces âges, ou l’on peut se trimbaler sans maillot, surmontée d’un petit bob rose, et vaquer avec une pelle plus grande que soi. Émarger à la catégorie des bâtisseurs, mais ne pas se fourvoyer avec des châteaux en Espagne, proche pourtant. La saxophoniste se tient face à l’eau, elle fait corps avec son instrument; elle a des airs de charmeuse de serpent, mais pour charmer l’Océan, c’est un autre défi !

Le gars affublé d’un long short de bain, ayant délaissé son anatomie sub-ombilicale, les bras croisés sur sa poitrine, les pieds dans l’eau, me semble régulièrement zyeuter la saxophoniste, comme quelqu’un qui n’en croirait pas ses yeux…A distance, je reste empêtré dans des  hypothèses, lorsque remisant son saxophone dans son coffret, elle s’avance vers les vagues, couverte d’un maillot noir pour le haut, et…nue pour la partie inférieure, à moins qu’il ne s’agisse d’une couleur « épiderme » que je ne décèle pas, de ma vue qui baisse, de l’attitude du trempeur-de-pieds- au -regard -aimanté, d’hallucination teintée de fantasmes ?!…

Un peu plus tard, un couple de jeunes voisins débarque avec une provision de bières. Ils décident de changer de palier, et s’éloignent davantage. Merci ! Un couple, la trentaine dépassée, prêt et organisé, vient dîner là. Il est barbu, de vert vêtu, avec une casquette grise, elle a des lunettes, elle aussi, de longs cheveux noirs, et un ensemble bleu foncé. Ils sont assis, déballent leurs provisions, prés de nouer une serviette autour du cou. Assis côte à côte, ils tournent résolument le dos à l’Océan. Ont-ils signé un bail qui ne les autoriserait pas à regarder les vagues ? Veulent-ils se contenter d’un fond sonore ? Sont-ils obnubilés par l’architecture du vvf, qu’ils ont délibérément choisi de contempler ? Ont-ils pensé à un destin tragique qui verrait une lame les surprendre, les emporter, pour ne plus les ramener?…

Une mère, accaparée par son portable, récupère ses deux marmots. Elle les frotte avec une serviette, comme on passerait un chiffon, sur un abat-jour dont on est las. Aucune émotion, des reproches, et le mode impératif. Au même moment une femme en maillot de bain deux pièces, son petit sur les épaules, un sac à la main, la démarche figurant une girafe bienveillante, avec ses appuis qui s’enfoncent dans le sable, saccadant gracieusement son allure. Un heureux couple à trois; l’homme en short de bain très long, visiblement chargé de l’intendance, allongé à plat ventre, aprés avoir servi l’apéritif. A genoux à ses côtés,  une femme en maillot rose qui le masse en me souriant, pendant que l’autre femme picore, un verre à la main.

Les belles demeures qui surplombent la plage, dans le prolongement du phare, vivent en sursis. La grande maison de style basque est entre les mains d’ échafaudages conséquents. C’est une vieille belle qui ne veut pas abdiquer. Mais la falaise a commencé de se dérober, elle lâchera, un jour…Sans prévenir.

Sur le sable, nous jouissons de notre statut de « locataires »; j’habite ainsi, de manière éphémère, un 500 mètres carrés, libre de toutes contraintes.  Et ce soir, clairement, le roi n’est pas mon cousin!