Fin de saison, saison de fins

En rugby, c’est la fin de la saison. La partie la plus belle, la plus excitante. Avec la survivance de phases finales, même si l’on est désormais très loin de ces déplacements exceptionnels, sur des terrains dit « neutres » pas forcément équidistants, du reste. Très loin de ces migrations en Micheline, bus ou voitures, avec des drapeaux, des nourritures terrestres, de l’alcool, des rencontres dans les brasseries ou buffets de gares de suiveurs adversaires. Des rencontres et ces échanges « j’ai joué en 58, pour la finale, en face il y avait un dénommé…C’est mon père, répondait l’autre…Comment va-t-il ? Eh bé, tu vas le voir tout à l’heure…ça me fera plaisir…Oui, il m’a souvent parlé de ces matches à Piquessary, ça rigolait pas…avec le sable, et ce terrain en pente ! » Souvent une chapelle d’initiés, à cette époque.

Et puis le match se déroulait. S’il y avait des bagarres, le correspondant ou le journaliste, en racontait le dixième, rien ne figurait sur les réseaux sociaux, parce que les téléphones (les aïeux des iphones)…il était assez difficile de se déplacer avec !!! Enfin, le réseau social, il pouvait aller jusqu’au quartier, à la ville ou au village voisin, mais guère davantage. De cette époque, il demeure l’élimination d’une équipe, sur un match, et souvent sur deux, en une sorte d’aller-retour, ou la poursuite de la quête vers le Bouclier de Brennus.

Désormais, « les saisons de fins », ont une dimension tragique, qui se joue en coulisses. Il s’agit de prendre des décisions. Cela consiste en la reconduction de contrats à temps et tant ( durée déterminée), ou pas. En une prolongation, déjà signée, quand tout va bien. Parfois pour trois ans, quand tout va pour le mieux. En une rupture, à l’amiable, entre les deux parties, mais pas forcément de manière aimable. En une mise à terme, signifiée par le club, et qui peut intervenir avant même le terme du contrat initialement signé. C’est une époque de tensions, de colère, de larmes parfois. De douleurs qui cicatriseront longtemps aprés et qui empêchent certains de revenir sur le pré qui les a vus grandir.

C’est un temps déraisonnable, qui a ses raisons et beaucoup d’émotions. Un temps qui partage et qui donne à critiquer des choix, des positions, des justifications qui viendront à posteriori. Des interrogations, des pertes, des tiraillements et la tristesse qui accompagnent ceux qui quittent, comme ceux qui sont quittés. Reste alors cette citation de Shakespeare : « Le temps ressemble à un hôte du grand monde, qui serre froidement la main à l’ami qui s’en va, et qui, les bras étendus, embrasse le nouveau venu. »