Déclassé…

Samedi de pluie, un arrêt avant Nevers…Dans l’enseigne américaine qui nourrit vite et pas forcément bien.
« -Vous désirez Monsieur ?
-Un café,
-Un café, c’est ici…Et il joint le geste à la parole, avec sa main sur l’écran tactile; « menu », « boissons », « boissons chaudes »…Il a le tact de s’arrêter là. C’est déjà « trop » pour moi. Il est vêtu impeccablement, jeune, mince, cheveux noirs,peigné comme s’il sortait de chez le coiffeur, hâlé, rasé de frais. Il est poli, trop, pas obséquieux, mais il me montre qu’il possède le contrôle…Je le regarde avec mes yeux de « pèlerin-qui-va-au-rugby », qui voulait boire un café, bénéficier d’une connexion internet, et pas forcément parler à un humain, en ce moment.
Du coup, je pars pour un sans-faute : l’écran me harcèle, je dois lui indiquer dans quelle zone je veux être servi…J’appuie, une fois, deux fois, trois fois, sur la zone…rouge, en vain.
Le »monsieur-qui-sait-parfaitement-faire-fonctionner-la-machine », revient sur ses pas, a droit à un deuxième regard de « pèlerin-qui-va-au-rugby », qui a envie d’un café, et qu’on lui foute la paix…
-« Vous souhaitez être servi dans quelle zone, Monsieur ?
-La 3,
-Vous appuyez sur le numéro, Monsieur, » il sourit et repart. Je souffle lentement. Mais, je suis impérial(?!) jusqu’au bout. Une fois le ticket imprimé, je le prends et vais m’asseoir, m’apprêtant à le mettre en évidence sur ma table, comme indiqué sur l’écran de la borne, bornée, selon moi.Comme je m’exécute, le Monsieur-qui -sait… » revient sur ses pas.
« -Monsieur, vous prenez le ticket, et vous allez régler au comptoir, aprés, vous serez servi…toujours en souriant, limite, en me donnant la main pour aller m’asseoir.
J’engloutis mon café, la connexion internet n’est pas acceptée par mon ordinateur- finalement, il a des valeurs!!!- j’écoute un peu de la conversation de mes voisines-trois femmes vêtues du même tee-shirt- qui évoquent des massages à demander à leur époux, ou amant possible qu’elle vient de rencontrer, et hypothétique flirt avec ce monsieur de l’appartement d’à côté, qui vit seul – « ah, bon, t’es sûre?! » qui est vachement bien sapé, et très attirant – « ah, oui,il est vraiment classe!!! ».
Il ne me reste qu’une heure et demie avant d’arriver au Pré Fleuri. C’est la vraie bonne nouvelle de ma halte d’après-midi. « Le meilleur est à venir », me dis-je en guise d’encouragement, quittant les lieux, escorté par une pluie butée.