Carnet de route : Louhossoa-Agen-Louhossoa ou Du 6 au 8 mai en passant par Darwin et Armandie…

DSC00112Après un moment sur France Culture, en compagnie de Jean-Noël Jeanneney*- le temps de sourire à l’évocation de ces testaments re-écrits par des épouses jusqu’au boutistes, quelques instants en compagnie de Christine Ockrent, entourée de spécialistes permettant de mieux appréhender la situation géopolitique de l’Asie du Sud Est, je mets le cap sur France Inter.

Ayant dépassé le Pays Basque, depuis son cœur*- un village de paix-j’avale une portion payante d’autoroute pour quitter Bayonne et prendre de la distance avec l’Aviron Bayonnais(!) Le ciel est bleu avec de magnifiques nuages. Des masses de rondeurs inégales, aux contours ciselés, de l’éclatant sur de l’azur. Comme du coton, mais  si pur. Un édredon bienveillant. Une enveloppe qui protège et entoure, sans étouffer, autorisant l’échappée vers le bleu. Une écharpe ou un châle tolérant, ne prenant pas ombrage de  la présence de gris, grands ou petits. C’est une voie rapide jusqu’à Mont-de-Marsan. Une deux fois deux- voies, avec cet hôtel enfin terminé avant la direction « Dax ».  De longues lignes droites parfois agrémentées d’ une allée centrale de platanes,  belles créatures élancées, qui se mettront sur le côté plus tard, pour ne pas monopoliser le devant de la scène. Une autre fois, une allée centrale et une bordure constituant un passage d’arbres sur la route. Plus rarement, une allée centrale et deux bordures de chaque côté.

Jean-Claude Ameizen est au micro. Son émission s’intitule « Sur les épaules de Darwin ». Le titre ce jour est « Mémoires ». Il parle comme un conteur, d’une voix grave, et je l’imagine, prés du micro, reprenant sa respiration, dans une inspiration bruyante. Cette voix est forte et chaude, comme si elle témoignait ou portait en elle, l’histoire familiale, « ce qui demeure de ce qui a disparu », « l’édifice immense du souvenir », « ces souvenirs avec lesquels on en a jamais fini » selon René Char*. Les vibrations de sa voix, cette façon de répéter parfois une proposition, comme pour mieux saisir la main de notre esprit, sont déjà une incitation au voyage.

Des vaches blondes paissent tranquillement. L’aire de Champigny, peuplée de voitures jaunes est dépassée, et me renvoie inéluctablement à la Marne, pourtant étrangère ici.

Une entreprise de transport liée au Stade Montois aligne ses camions au repos. En attendant le match de dimanche aprés-midi. D’ici là, des voitures et des bus venus de Biarritz, pour gagner le droit de jouer une demi-finale, avec des Ikurrina, et des « r » qui freinent, dans nos intonations reconnaissables, passeront avec des klaxons, du bruit et des chansons. Le contournement de Mont-de-Marsan, prend du temps. Une succession de grands ronds-points, et des panneaux vers toutes les directions, comme s’il s’agissait du centre du monde !

Des jeunes à l’heure du déjeuner jouent avec un ballon de rugby. Je suis entre le « ils feraient mieux de garder leur énergie pour le match à venir » et  » qu’ils jouent, qu’ils jouent, auront-ils un jour assez joué ?… ». C’est finalement cette vision guillerette qui l’emporte.

« Certaines questions demeurent longtemps aprés que ceux qui les ont posé ont disparu, persistant comme des fantômes, cherchant les réponses qu’elles n’ont jamais trouvé durant la vie. » C’est un premier dimanche de Mai, en questions. Des questions de choix, d’élection présidentielle dans notre grand petit pays. Des questions qui subsisteront, lorsque nous nous demanderons pourquoi ? Pourquoi ce choix ? Pourquoi ce choix-là qui n’est pas un choix volontariste ou souriant ? Pourquoi celui-là qui vient du cœur ? Comment le cœur procède-t-il à ses choix ? En réfère-t-il à quelqu’un, le cœur ?…

La condition des arbres, à l’instar de celle des humains, cultive la différence jusqu’au trépas. Ici des fosses communes, des branches ( pas forcément vieilles) et des branchages, entassés dans des sépultures anonymes ou des bûchers sans gloire. Là, des billots et des billes de bois, qui partent pour une nouvelle vie. Moins enivrante, mais une vie prolongée, un surcroît de vie, « du rab » que l’on nous sert, avec force médicaments et une brutalité maîtrisée. Les acacias resplendissent au soleil, mièvres qu’ils deviennent, sous la pluie…

Avant Saint-Justin, un radar qui prend par-derrière; à savoir si la règle a été débattue avant, comme à l’occasion du jeu de dames ? L’ entrée saluée par un beau pin parasol incliné, sur la droite, précède le virage et la maison « Dar es Salam » sur la gauche. Un air de Tanzanie, dans la bastide des Landes, un air de Monde. Mon étape pour déjeuner.

-« Je voudrais déjeuner, s’il vous plaît

-C’est pour une personne ?

-Oui,

-Désolé nous sommes complets, je n’ai plus de place.

-A défaut, pourrais-je prendre un café ?

-Non, je n’ai pas le personnel pour cela

-Bon… » Je m’en vais et m’entends dire :

-« Je vous remercie, Monsieur

-Il n’y a pas de quoi, » et je ferme la porte un peu sèchement…Un petit monsieur vêtu d’un polo marron, avec des lunettes, un « nerveux » qui ne plaisante pas, qui fait tout, et même son impossible. C’est possible!  Derrière lui, je croise le regard d’une serveuse blonde, qui a l’air d’acquiescer les paroles de son collègue. Recalé à Saint-Justin !

Je poursuis ma route et me décide à entrer dans Durance. L’auberge du centre est ouverte-fermée. Ouverte, comme j’entre dans ce restaurant vide, les tables dressées, un couple- les propriétaires prenant l’apéritif, en compagnie de Canal plus, en attendant des amis. Fermée ce jour; ils m’expliquent qu’ils vivent là, s’apprêtent à  déjeuner avec des amis, l’établissement étant fermé au public. Un café, un sandwich et un verre de vin frais plus loin, nous nous quittons aprés un aimable quart d’heure. Je reprends ma route, laissant une entreprise de bois, sous la pluie. Du bois, coupé, rangé, brûlé aussi, stocké à l’abri, sous un vaste hangar, ou exposé à l’averse ailleurs. Les véhicules immobilisés. Une impression de temps suspendu. Les coquelicots sont « oranges » par ici. Pour se distinguer de leurs rouges cousins, un peu plus loin ? Pour ravir Bayrou et son modem passés d’un pas de sexagénaire à un démarche de quadra dynamique ?…

Le rond-point de Feugarolles est un condensé de produits locaux; de rang de cèpes, de tonneaux de Buzet et d’un pigeonnier affublé. Les villages en -ac comme Lavardac, Serignac et Nérac, se succèdent. Nous sommes dans le canton de Laplume. Serignac s’éclaire avec des abat-jour orange; c’est très tendance !

Votation vite expédiée, le dimanche matin, déjeuner rapide et c’est parti pour l’office. Rugby à Armandie. J’éprouve de la nostalgie. Avec un soupir délicieux. J’entends Jean-Claude Ameizen, encore. Il évoque la nostalgie qui saisissait les soldats suisses employés par Louis XIV. Les deux faces du mot d’une allemande étymologie  : l’enracinement, l’obsession de revenir chez soi -Heimweh- et l’errance, le désir de partir ailleurs quand on est chez soi-Ferweh- comme il cite Barbara Cassin*.

Ce n’est pas donc seulement de la douleur de retour, dans le Temps, l’Espace, mais bien davantage. Je suis nostalgique. De ces moments ou l’entrée dans le monde se faisait aussi à coups de poings et de pieds, à Piquessarry. D’ Armandie, ici, ou  s’illustra un entraîneur boucalais nommé Jean-Baptiste Bédère  avec ses séances de « tableau noir » sur la table du bar qu’il tenait, avec des jetons pour jouer aux cartes, préfigurant les séances au tableau noir peuplées des premiers théoriciens de l’entrainement . Et s’il s’agissait d’être ni à Piquessarry, ni à Armandie ou bien dans les deux endroits  à la fois ?!…

A la mi-temps du match, très agréable et chaud, mes voisins de gauche, trois hommes en tee-shirt devisent à voix haute. « Et si Marine passe, tu gagne deux ans, con ! » Ils sont tout sourire. Tant d’autres humains  se sont tenus sur le sol ou nous nous tenons, à Armandie, Agen, Louhossoa, Bayonne, Lubbon, Bousses…

Ces lointains cousins aujourd’hui disparus sont, pour partie, nos ancêtres. Les lieux, ici, ce stade célèbre, Armandie,  gardent une légère empreinte de ces « Ritals » venus donner leur sueur ou leur sang, leur énergie pour le maillot blanc. De ce colosse d’Oudja*, impérial dans le combat et dans les airs.

Sur le chemin du retour, passé le canton de Laplume, le château d’eau de Bousses, dont j’imagine qu’il pourrait éteindre tous les incendies de Gascogne- et ainsi, je le trouve beau- la départementale 933 traverse les villages, comme celui de Lubbon. La route est grillagée, pour éviter que les animaux n’interfèrent avec les automobiles.

La fille de a perdu, mais s’exprime forte de quelques millions de suffrages. Est-ce que le nouveau Président peut incarner l’espoir ? « L’espoir qui donne son sens à la vie » dit François Jacob. Et s’il s’agissait pour chacun de nous, « d’enraciner l’espérance dans le terreau du cœur », en s’inspirant d’Andrée Chedid ? Cette démarche, nous pouvons l’accomplir, comme des élus que nous sommes, élus de la Vie. A vie. Un tel mandat ne se refuse pas .

 

 

 

Jean-Noël Jeannenay : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Noël_Jeanneney

cœur du Pays Basque : Louhossoa, ou les « artisans de la paix » ont favorisé le mouvement ayant permis la remise des armes par l’ETA.

Jean-Claude Ameisen : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Claude_Ameisen

Barbara Cassin : https://fr.wikipedia.org/wiki/Barbara_Cassin

René Char : https://fr.wikipedia.org/wiki/René_Char

le colosse d’Oudja : Abdelatif Benazzi

Andrée Chedid : https://fr.wikipedia.org/wiki/Andrée_Chedid