Itxassou, Donosti* de la D249 à Anoeta*

J’aurais pu, en ce matin mouillé, vous parler de cette jolie départementale, qui traverse Itxassou pour nous conduire à Espelette. En compagnie de  Caroline Broué* sur France Culture et sa Matinale. De son invité* trouvant l’idée de la VIème République, déjà dépassée, et évoquant une Constitution à l’échelle européenne…J’aurais pu.

M’étonner d’une première famille « cochons » dormant, « collés-serrés » dans leur abri en dur, alors qu’un peu plus loin des congénères qui vivent sur un terrain en pente, eux, sont déjà « debouts » et peuplent leur enclos. Peut-être les vertus du Kintoa* ?

Me demander si les moutons, noirs pour quelques-uns- reviennent d’un match de rugby, avec ces traces de bleu sur leur laine. Comme s’ils batifolaient sur une pelouse avec de la publicité peinte dessus !

Évoquer trois vaches discrètes, pas des laitières que l’on  bichonne au quotidien, et qui tentent de se faire oublier…Penser à ces arbres plantés, vers la tannerie,  dans leur étui blanc, donnant à penser à  un cimetière perché. J’aurais pu.

Poursuivre en ayant rejoint la Départementale 918, et constater que le débit de la Nivelle est important. Faire le lien avec la pluie qui lave les corps et rince les âmes, ce printemps. Apprécier l’eau -toujours- de la baie de Txingudi, et déplorer un bateau couché, sans doute d’avoir trop bu hier soir…L’eau encore à Zarautz, de part et d’autre de cette foutue autoroute, championne de sa catégorie en « virages » et »tunnels ». Comme une révélation de la  géographie délicate et susceptible, en  Euskadi.

Mais, ce qui a retenu mon attention, ce sont les portes 8 et 21 du stade d’Anoeta. Des blocs de béton, pour contenir une enceinte sportive, et accueillir les aficionados de la Real Sociedad. Des pèlerins qui déboulent gentiment, en famille, avec des parents tenant leurs petits par la main. Des maillots « txuriunrdinak », un stand d’écharpes qui flottent au vent. La churrerria* Anoeta pas ouverte, et l’arrivée du métro disponible, elle.  Pas vraiment mon échelle de priorités, mais…

Oui, les portes 8 et 21 avec des « habitations ». Des « habitations » d’humains qui n’habitent plus. Quelques matelas, proprement disposés, ou protégés par des cartons . Un canapé pour bénéficier d’une station assise un peu plus confortable. Des humains venus se réfugier, là. Adossés au béton, pour éviter une quelconque trahison. Appuyés contre ces parois, qui ne rient pas, mais qui vibrent ou résonnent parfois.

Ce matériau recèle-t-il ces cris de joie, de colère voire de haine exprimés par les supporters ?

Est-il imprégné des chants et des encouragements exprimés par ces poitrines, ces carotides gonflées ?

Le béton suinte-t-il d’émotions favorables, éloignant les cauchemars de nuits humides et hostiles ? Quien sabe*…

Les portes 8 et 21 du stade Anoeta, à Donosti. Des refuges sans filtre sur la ville et ses nuisances . Des scènes de vie pas ordinaires, livrés en pâture aux citoyens ordinaires. Un peu plus loin, sur le chemin du retour, un filet haut sur plusieurs dizaines de mètres. Pas un filet de pêche . Non. Un filet protégeant l’autoroute de quelques balles de golf songeant à s’égarer. Un filet pour séparer  automobiles et golfeurs. Des égards pour un swing*. Ce coup de poing latéral auquel sont soumis les humains des portes 8 et 21 d’Anoeta. Un coup de poing de vent, de pluie, de froid, d’infortune. L’indécence, comme expression de la violence. La dignité consisterait en un filet pour les humains . Un filet contre la détresse, comme une proposition d’intimité. C’est-à-dire un chez soi.

J’allais oublier : Real Sociedad 1 Leganes 1 en cette 29 ème journée de Liga. Pas le plus important.

Donosti* : Saint-Sébastien, en basque. Province Guipuzcoa.

Anoeta* : stade de la Real Sociedad. A déjà accueilli des matches de rugby de l’Aviron Bayonnais et du Biarritz Olympique.

Caroline Broué : productrice, rédactrice à France Culture. Son invité, Nicolas Rousselier, historien, maître de conférences à Science Po.

Kintoa* : filière de porc basque

churrerria* : endroit ou l’on fabrique et vend des churros. Excellent pour la diététique!

Quien sabe* : qui sait, en espagnol

swing* : coup de poing latéral en boxe. Mouvement du corps qui accompagne la frappe d’une balle de golf. Balancement rythmique de la musique jazz des années 40.