Premier dimanche de printemps, à Agen

Les Graviers, en centre ville, forment un espace paisible entre les mouvements automobiles. Une voie sur berge, surmontée d’une passerelle toute belle, et une voie traversière. Quelques motos vrombissent.  Des arbres chevelus figurent une allée extérieure.

Prés du kiosque à musique, silencieux ce jour, des grands font du skate, et le bruit des planches, des roulements, scandent chaque descente ou montée. Quelques cris gentils. Les pâquerettes et les boutons d’or, comme des invitations à la sieste, mais cela ne se fait pas, ici, semble-t-il…

Des pétanqueurs concentrés et drôles « ça fait combien au fait ? ».  Alignés en une petite haie de six individus. Deux regardent, seulement. Enfin, déjà tout un art, de mirer, apprécier ou pas, et le dire. Ou se taire. Deux couples et trois enfants plus loin, on joue à la balle. C’est déjà le domaine des papas. L’un lance un ballon de rugby miniature à un petit être qui lui fait face, les bras ballants  ! A maintes reprises. Consciencieusement. Armandie* doit apprécier!

L’autre renvoie la balle au pied, à Clara et son jeune frère , avec des lunettes de soleil. Clara sautille à chaque fois avant de taper dans le ballon; c’est inutile, mais d’un grand style. Ses petits sauts lui fournissent l’occasion de lisser ses longs cheveux noirs. D’un geste de la main, en arrière.  Son frère demande à voix haute à ce que l’on apprécie sa prestation : « t’as vu mes techniques ?! » dit-il, comme il expédie le ballon avec son talon. Il commente aussi ce ballon adressé par sa sœur, là ou il…n’est pas. « Je suis ici » crie-t-il en courant le récupérer. Les femmes se sont assises sur un banc, et veillent sur le petit dernier, dans la poussette. Quelques cyclistes, des passants honnêtes, un vieux monsieur qui déambule, un peu à l’écart des deux dames qui l’accompagnent. Les platanes veillent sur tout ce petit monde. Surmontés de membres coupés et de pousses hirsutes. Un crâne hérissé de piquants. Tellement laids, qu’ils en deviennent touchants. Troublants. Un homme les trouve beaux, lui,  et s’extasie.

C’est le Printemps. Donc le passage par une nuit plus courte, et l’adoption d’un horaire d’été. Logique, non?!…

C’est le Printemps. Une oscillation depuis le matin avec ce blouson que l’on porte au bras, puis que l’on revêt, pour de nouveau le quitter. Et encore.

C’est le Printemps. Une saison intermédiaire pour aller vers le Chaud. Une saison qui s’est avancée dans l’Hiver déjà, comme un coureur de relais s’emparant du bâton. En mouvement.

C’est le Printemps. « Et mon cœur et ton cœur sont repeints au vin blanc » chantait Jacques Brel. C’est le Printemps, avec ses gens non-nantis, les mêmes que ceux qui « regardaient les bateaux, en suçant une glace à l’eau ». Ceux qui se lèvent tôt. Ici, pour la mer, c’est plutôt Biscarosse, Monsieur Jonasz.

Alfred Armandie : militaire, dentiste, qui introduisit le rugby à AGEN; le stade de rugby porte son nom.