Aviron 25 Section 25 ou 64 motifs d’être à Bayonne, ce 4 mars

Evolution du score : (00/07) ( 03/07) (03/10) (10/10) (13/10) (13/13) (16/13) score à la mi-temps. (19/13) ( 19/16) (19/19) (22/19) (22/22) (25/22) (25/25)

Avant le match :

-Le fair play bayonnais, en particulier au bar du Marché. Du vert sur les murs et les panneaux de décoration, des suiveurs sectionnistes* qui chantent aussi le Biarritz Olympique, une ambiance « ver galant », bon enfant.

-Toujours au bar du Marché, un plat type « plato iberico » – oeufs, jambon frit et frites- bon rapport qualité-prix, servi jusqu’à 16 heures.

-Un aperçu des vieilles demeures bayonnaises, encore depuis le bar du Marché, grand escalier en bois, fenêtre donnant sur la cage d’escalier, puits de jour, pour bénéficier d’un surcroît de lumière.

-La pluie dans Bayonne et le soleil. Et ce cache-cache que l’on nous reproche, ou nous envie, c’est selon…

-La rue d’Espagne, déjà un peu de là-bas, ici. Depuis la cathédrale et l’ancien palais de justice, jusqu’aux fortifications. Question ambiance, demandez à Sarkozy*!

-Les mélanges dans Bayonne; cet après-midi, on parle français, basque , espagnol ou occitan.

-Le bonheur de passer devant la Librairie de la rue en pente*, rue Poissonnerie. Celui supplémentaire de penser à cette lecture qu’elle nous propose d’éviter.

-Toujours devant la vitrine de la Librairie de la rue en pente, lire tout simplement. Une main autour de la taille. Une façon d’entrer dans un autre monde, tout en demeurant dans la rue. Une université sans égal, la rue.

-Ne pas pouvoir s’empêcher de penser à la disgrâce du 16 ème homme. Celui qui est déjà en trop, pour une équipe de quinze! C’est le 16 ème livre qui est affublé d’une critique négative. La librairie a privilégié son quinze de départ!

-Les douceurs de ma jeunesse; comme les gâteaux de José FERNANDEZ, mon grand-père, situé au 6 rue des Gouverneurs, auparavant. Mon grand-père, un vrai gouverneur des saveurs, qui n’avait pas le goût de gouverner. Seulement celui de s’adonner à son labeur, de pâtissier-chocolatier confiseur, sans répit.

-Un dilemme de couple ou un couple de dilemmes. Aller dans un bar bondé, commander un café, serré contre les Autres et les entendre se raconter, sans écouter. Ou aller dans un bar peinard avec des places assises, de l’espace, mais subir le match de football à la télévision.

-Entrer dans le stade, et franchir des contrôles. Pour notre sécurité, soi-disant. Etre gratifié du spectacle vivant de ces personnels de sécurité nous faisant face, à la fin du match, et scrutant un hypothétique  envahisseur de pelouse. Compatir au sort de ces guetteurs obligés de tourner le dos au spectacle. Merci, deux fois merci.

-S’interroger sur le résultat du match, au vu de tous ces fanions verts et aux cris de « Section », avant le match.

-Scruter le ciel avec ses nuances de bleu, sombre parfois, comme l’Aviron, et espérer ne pas avoir à ouvrir son parapluie…

-Ne pas apprécier la tenue ultra-traditionnelle de l’arbitre,  vêtu de noir, ce jour.

-Se demander ce que l’arbitre central, éprouve, en tant que responsable des tenues de mêlée. De sa connaissance ou de son vécu du poste de  joueur de première ligne. Des pressions, et dépressions – certains pouvant carrément choisir de se « laisser aller », pour escamoter l’épreuve de force- qui influent sur le mouvement des corps de ces gaillards ! Sur sa capacité ou incapacité à déterminer quel serait le fautif, et donc la sanction adéquate. Sur son attitude enfin par rapport à l’appel de la télévision pour valider ou pas, ses décisions…

-Avant le chant de ce que notre présentateur appelle, notre hymne, penser au sort de  la Grèce, des grecs, et se dire que la finance est notre ennemie, là-bas comme ici.

-Se demander ce que va donner l’EPCI, la communauté d’agglomération du Pays Basque. 233 élus, un président, le maire de Bayonne, Monsieur ETCHEGARY. S’agit-il  d’une épicerie de la taille d’un supermarché, c’est-à-dire une construction mal embouchée ? D’une première étape vers une grande identité Pays Basque, tournée vers son Sud de frères? D’un ensemble capable de défier la Préfecture avec succès ?…

-Le département, aura-t-il encore une raison d’être ? Monsieur BAYROU, s’en-est-il également remis au Monsieur « En-Marche », pour régler cette question?

-Chanter le « vino griego » avant le match, dans une belle ambiance. Éprouver de l’émotion, ce faisant. Surtout quand ses voisins de Pesage, sont palois.

Le match et un peu au-delà :

-Craindre pour SAUBUSSE, le demi de mêlée de l’Aviron à qui échoit le ballon sur le coup d’envoi. Condamné à un slalom périlleux  au milieu de tous ces gaillards accourus pour l’attraper!

-S’inquiéter du premier essai palois, au bout de quatre minutes de jeu, suite à une perte de ballon, et se dire que le premier rideau bayonnais n’est pas hermétique…

-Se dire que les joueurs de rugby sont désormais des colosses, et que « si de mon temps c’était mieux »…C’est surtout parce que je serai relégué au rôle de figurants, en tribunes, maintenant!

-Constater les blessures de VAN lILL et de SLADE en moins d’un quart d’heure. Ça dégomme!

-Apprécier la prestation de LATIMER, sur ce match. Rude combattant. Discret mais terriblement efficace.

-Hurler de bonheur sur l’essai de CHOUZENOUX. Mêlée à 25 mètres des poteaux palois, MARTIAL, venu de son aile, côté fermé, s’engage, franchit, HUETE accourt, pénètre et passe dans le placage pour un essai de CHOUZENOUX, au milieu des poteaux. 13 ème minute de jeu.

-Féliciter, d’ores et déjà HUETE. Impressionnant d’abattage sur ce match. Fier combattant. Au-dessus du lot, il sera élu « homme du match ».

-Apprécier les prestations de CHOUZENOUX et MARTIAL. L’un parce qu’il dispose d’un registre technique accompli, plane sur la touche, et deviendra un futur grand de ce jeu. Au-delà de sa grande taille ! L’autre, parce qu’il a un potentiel phénoménal, qu’il a tout pour faire vibrer Jean Dauger. Jean DAUGER*, lui-même!

-Constater que le premier rideau bayonnais ne rompt pas . Obstiné comme la devanture d’un magasin qui a fermé ses portes, définitivement. De quoi refouler les visiteurs palois. Ouf!

-Se dire que BUSTOS MOYANO est un vrai buteur. Auteur, ce soir d’un 6/7 dans l’exercice des tirs au but. Vamos Argentina!

-Apprécier la prestation de D.ARMITAGE, numéro 8, fort en défense, comme en attaque, fait pour ce jeu de corps-à-corps. Supputer quant à son port de cuissard rose; s’agit-il d’un reste délavé du passé toulonnais?…

-Chanter en écoutant ERRO BAT, à la mi-temps. Un groupe de musique basque de Bayonne en tenue blanche. Se demander s’il faut entendre « ERRO » comme « racine » ou « mamelon »?…Glisser d’ERRO vers EROS, et sourire en se disant que des racines amoureuses  nourrissent  txistus* et tambours.

-Penser que ce score de 16 à 13, en faveur de Bayonne à la mi-temps, ponctuerait favorablement cette entrée en Mars…

-Envisager l’appui du vent pour les Palois dans cette deuxième mi-temps. Un atout.

-Frissoner vers l’heure de jeu, avec l’entrée des deux piliers palois – MACKINTOSH et HAMADACHE) et leur puissance en mêlée, comme dans le jeu de mouvement.

-Avoir un pressentiment défavorable, à l’heure de jeu, avec un score de parité : 19 à 19.

-Se dire que Pottoka* est vraiment le meilleur. Le meilleur du Top 14. Et de loin.

-Aimer notre mascotte, pour son action, lors des matches et bien au-delà. Pour sa générosité et son enthousiasme. Pour son discernement aussi. Surtout lorsqu’il a pris dans ses bras une belle créature, suivant le match, prés de moi.

-Compter sur les envois courts de LAGARDE, les montées généreuses de MARTIAL, luttant victorieusement pour gagner le ballon en l’air!

-Évoquer le jeu palois, de possession, et de séquences plutôt vers le large, mais avec peu d’avancée.

-Percevoir un niveau d’habileté technique de ces mêmes palois, lors de chaque « collision » pour paraphraser GALTHIE, maîtrisant bien leurs passages au sol, posant délicatement un ballon immédiatement disponible pour le relayeur.

-Souligner l’abnégation des Bayonnais. Plutôt constants dans leur détermination, et capables sur ce match de soutenir  un rythme de Top 14.

-Déplorer d’ores et déjà le départ de LOVOBALAVU vers l’Angleterre. Et penser que les anglais ont fait le choix d’un grand joueur de rugby. Espérer que les habitués de Jean Dauger sauront rendre hommage aux partants, lors d’une dernière réception le 29 avril face à Grenoble.

-Se réfugier dans la mélancolie. Celle des fins. Des fins qui ne tournent pas forcément bien. Des fins ellipsoïdales. Des fins de saison, avec une retour en ProD2 inéluctable, comme de de match, avec un score de 25 partout à cinq minutes du terme.

-Du choix, de m’attarder sur les cinq dernières minutes de ce match. Pour ne pas laisser filer le Temps.

-De cette sensation de « vide » après un résultat défavorable. Surtout quand on vibre,  dans un stade de rugby, mais pas forcément ailleurs. Que l’on voit au loin, les jours en -di, bien rangés, prêts à emboîter le pas au lundi. Pour se succéder, en une litanie du quotidien. Du répétitif qui structure nos vies, et  contient nos aspirations, nos espoirs, nos mouvements d’humeur.

-Se demander combien iront au stade du Trocadero, à Paris, soutenir celui qui apprivoise les foules en se faisant passer pour une victime…

-Se dire que cette comédie a pourtant bien assez duré, mais que l’aptitude des humains à se raconter leur vie, pour la rendre supportable, d’abord à eux-mêmes, voire aux autres est…formidable! Formidablement minable.

-Vivre ces cinq dernières minutes intensément. Avec une première séquence de jeu de plus de deux minutes. Les palois toujours en possession du ballon, qui le conservent bien, mais sans franchir le rideau défensif bayonnais. Malgré une redistribution des joueurs, sur deux vagues, avec des courses croisées, des tentatives de franchissement individuelles ou collectives. Une mêlée paloise, sur les quarante mètres bayonnais face aux poteaux. Les deux équipes évoluent. Les verts attaquent, les bleus défendent. Chaque collision amène des milliers de regards sur l’arbitre. Sifflera, sifflera pas?…

-Le public gronde, retient son souffle. Déjà prêt à déplorer cette décision inique. Cette décision qui peuplerait alors les troisième mi-temps. Un apéritif avant l’heure, octroyé par l’arbitre. Cet homme seul qui signifierait une pénalité, et donc une tentative de but à venir, pouvant définitivement faire basculer le match, vers la préfecture, ou les Allées Marines…

-Une décision de l’arbitre, comme un bon pour une tournée supplémentaire dans les bars bayonnais. A moins qu’il ne s’agisse du lobby des cafetiers, pressant l’arbitre, les arbitres de toutes les rencontres à siffler, dans les cinq dernières minutes, une faute-imaginaire pour la moitié voire plus du public- de manière à expliquer la défaite  et la victoire, volée par l’Autre! Le pouvoir des cafetiers. Derniers refuges de la mixité, des mélanges…pas que des breuvages.

-Et cette décision ne vint finalement pas. Bayonne eut à son tour le ballon, pour deux minutes supplémentaires, pas davantage rémunératrices que celles des 18 rencontres précédentes. Une possession qui se termina, sur une maladresse, une incompréhension . Exprimée avec l’énergie du désespoir. Une tentative vaine.

-Un score de parité. Mais pas un match nul. Un rythme difficile à trouver, ce jour. Pas échevelé, ce qui fit plutôt le jeu des Bayonnais. Des palois forts, qui récitent bien. Mais qui manquent  encore d’envergure, pour faire des propositions par eux-mêmes, sans les valises de consignes données par leur staff.

-Un homme, Carl HAYMAN, dans le staff palois. Une présence discrète. Un champion. Un très grand champion. Un pilier de champion venu du pays du long nuage blanc*.

Après le match :

-Une troisième mi-temps bayonnaise. Avec des quinquas palois, voire davantage, venus s’encanailler, parlant fort, mais tout de même pas victorieux. Des prévoyants, qui ne rentreront que dimanche. Plutôt habiles, sur le plancher des vaches. Depuis l’Auberge basque, le Bouchon Basque, et tous les établissements autorisés par la Nive. Comme c’est elle qui fournit l’eau!

-Cette petite fille qui court sur la pelouse de Jean Dauger, vêtue d’un manteau rouge. Elle a assisté au match depuis le « kop AB ».  Des jeunes qui suivent le match, en groupe, encadrés par des animateurs. A la fin du match, ils courent retrouver leurs parents. Son père dans les tribunes l’a vue et l’encourage, comme si elle jouait. Elle le regarde, et prise d’un fou-rire, chute sans conséquence dans l’herbe. De la tendresse drôle. De la couleur dans ce gris de Mars qui débute.

-Les moins vieux  sont au balcon de l’Aviron, entr’autres, avec des sources de lumière multicolore, de la techno, et du bruit pour éviter d’échanger. Ils fêtent. Le samedi soir? Le match nul? Le rugby? …Rien de tout cela. Ils rendent compte de leur soirée. Avec des photos pour les réseaux sociaux. Des trucs pour témoigner. Pour montrer. Pour dire que j’ai croisé Machin ou Bidule, que Truc avait trop bu, et que Chose était en « mode ringard »…Avec le Temps.

– Une descente dans le Petit Bayonne. Avec des gens qui boivent gentiment. La télévision qui leur file le train. Des images qui repassent en boucle. Le pendant de l’information en continu. Les ralentis en sus. La musique, la télévision, peu de chants spontanés. L’animation est dévolue aux professionnels. Quelle drôle d’idée, n’est-ce-pas?

-Penser déjà à la prochaine saison de l’Aviron. Avec moins de public, une équipe un peu moins forte, mais la capacité à jouer les premiers rôles. Et deux derbys, hauts en couleurs, pour un vainqueur basque!

-Eviter la vision cauchemardesque d’un Aviron descendant et d’un Biarritz Olympique à deux matches du Top 14, dans quelques semaines.

-Se rassurer en prenant un café au bar du marché, le dimanche à Biarritz, et se dire que décidément…Si à Biarritz, des inscriptions à la craie figurent à l’intérieur, d’une écriture appliquée, à Bayonne, les gens s’inscrivent, eux-mêmes, sur un tableau à la craie également qui se trouve dans la rue des Basques.

-Ne pas manquer de s’interroger sur la permanence des Béarnais dans le haut du classement du top 14, leur sponsor principal n’étant pas le principal adepte de la transition écologique…

-Se rassurer en se disant, que si notre équipe de rugby va moins bien, nous avons déjà saisi le prétexte de dire tout le bien que nous pensions des forages dans le sous-sol, quitte à y trouver de l’or!

-Froncer les sourcils en se disant que l’or, ici, est plutôt en surface. Qu’il a été localisé, et exploité déjà, sous la forme d’une spéculation foncière, immobilière, qui nous rend la vie coûteuse. Une vie chère, la nôtre,  que l’on nous fait payer, comme si nous devions mériter deux fois le droit de vivre ici, tout simplement. « Dans notre cher petit Bayonne »…Absolument!

sectionnistes* : suiveurs de la Section Paloise. La section couleur verte.

Librairie de la Rue en Pente* : Librairie rue Poissonnerie, à Bayonne. Des critiques de livres, « faîtes maison ». Ce samedi seize livres avec une critique favorable, et un seizième…disqualifié.

Sarkozy* : accueilli très fraîchement à Bayonne en 2012. Arrivé en fanfaronnant…

Txistu* : instrument de musique basque. Flûte à bec à trois trous.

Jean Dauger* : trés grand joueur de rugby. Trois quart centre exceptionnel. Treiziste, quinziste. La classe. Il est également le grand-père de V.Etcheto, manager actuel de l’Aviron Bayonnais.

Pottoka* : mascotte de l’Aviron Bayonnais. Phé-no-me-nal! Une part importante du public de Jean Dauger, à lui seul.

Le pays du long nuage blanc* : la Nouvelle-Zélande. Carl HAYMAN international all-black,champion du monde, vainqueur du Top 14, champion d’Europe…